29 novembre 2007
‘Rosine’ m’a dit… (Pivoine Blanche)
En hommage à Antoine Wiertz, peintre.
Rosine, toute en satin d’ivoire et jupons empesés, depuis le bas de soie et la pointe de l’escarpin, jusqu’à l’insolence du bibi voilé de sombre sépia, Rosine espère, chaque samedi matin, dans l’ombre du Vieux marché de N***.
Le terne macadam des journées de fer laisse deviner, par ses fenêtres molles, un pavé haussmanien parfumé, sensuel et complice. La voilà qui sonne enfin, domptée, libérée, l’unique heure entre chien et loup, pour ces pauvres hommes aux savates nouées, que pourrissent tant d’espérances, avant que de s’éteindre.
Petit à petit, dès le dernier atelier clos sur ses portes d’acier; dès l’apparition de l’absinthe, sur des zincs minuscules, une sulfure, un brin de pavot, une couleur assassine, métamorphosent la trogne ouvrière la plus grise, en une promesse de tableau rougeoyant, tous vernis avivés.
Lèvres pourpre des femmes, retenant le sexe avec art, mystère délicieux des alcôves et des plaisirs de Sodome, dents de nacre ou d’ivoire, longs éclats d’émail lascifs, angelots verdissants et rosés, pétris de cellulite, dentelles qui s’étirent et caracolent, crissement de la tarlatane, tiges tendues des corsets, lingeries de trois sous…
Sous la pluie métallique des crinolines, tout un été d’agonie à l’aube des rochers.
Ce fut ainsi. La Pieuvre Libertine épousa Libido dans les ruelles namuroises, la mignotant, telle une fraise succulente, innombrable et charnelle. L’insatiable appétit de la ville, gâteau pétri de chair et de crème, aussi pur qu’une perle de crémant sur la langue, maria ces croupes grossières aux râles des Rosine, des Satine, des Marie et des Jeanne, et l’immensité de leur glorieuse descendance.
Ainsi saigne le Démiurge, las de perpétrer l’homme, jusqu’à l’écoeurement. Verges vannées de lin, fouets du dieu de la luxure, du percepteur, des maquisards, des Vierges, des déments de Novembre.
Et de la quintessence humaine.
La consigne ==> ICI
Commentaires
Ton texte est magnifique, sensuel et froid à la fois. Des mots doux et durs...comme un mélange sucré salé qui se déguste lentement. Merci Pivoine, c'est un plaisir de te lire.
N'hésite pas à nous envoyer d'autres textes aussi bien ciselés.
D'accord, mais ...
Je suis d'accord et je felicite "Pivoine Blanche" pour son texte (comme si bien dit par Christine). Le texte est magnifique, sensuel, doux, etc, mais ni froid ni dur. Visite-nous toujours. A +.
Ouf !
Nom de dieu ! Pivoine tu as cassé la baraque!
Ton texte est magnifique, je suis vraiment sur le cul ! (oui je devient grossier quand je suis enthousiaste, l'enfance qui remonte sans-doute).
"Sous la pluie métallique des crinolines, tout un été d’agonie à l’aube des rochers."
Alors celle-là, elle m'a achevée !!
Je t'ai déjà bien lu sur "PP" mais là, tu as explosé le chrono ! Bravo.
Je dirais même que les mots obligatoires n'ont entâchés en rien le talent de Pivoine Blanche et j'en suis heureuse car c'est une preuve que les impératifs en écritures ne sont pas des freins à la qualité des textes. Merci Pivoine.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=201671&pid=7054485
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
