26 novembre 2007
Vision mâtine et matinale d'un ange mâtiné (Luse)
Salvatore Dali
Eveillée par cet indicible murmure du matin, mélange de gazouillis et de soupirs bienheureux qui, bien qu'on n'en puisse citer la source, parviennent toujours à nos oreilles, et sentant la douce et sensuelle caresse d'un frisquet petit vent d'automne, j'ouvrai les yeux. Elle était là, dans sa légère robe de satin, appuyée sur le rebord de la fenêtre. La cigarette à la bouche, elle expirait sa fumée à la face du monde, et du haut de son insolence superbe fixait les passants tout emmitouflés qui piétinaient désespérément sur un macadam gelé, levant tantôt les yeux sur cette silhouette à demi dénudée et ainsi exposée à la froidure naissante. Tout ça devait offrir un beau tableau vu d'en bas, me pris-je à songer alors que j'admirais ses courbes douces et lascives sans qu'elle ait encore conscience de mon réveil. Ne souhaitant pas l'en avertir tout de suite, je m'approchai doucement d'elle, et posai une main sur son épaule nue. Elle ne sursauta pas mais déposa tranquillement son cancer en bâton sur le rebord de la fenêtre, avant de se tourner vers moi, un délicieux sourire me souhaitant le bonjour. Ses lèvres étaient comme deux pétales délicatement posés sur l'ébène le plus pur, et leur adorable couleur fraise me donna encore une fois l'irrésistible envie d'y goûter. Nous nous laissâmes un instant aller à de charnelles caresses qui eurent tôt fait d'enflammer ma libido, mais fidèle à elle-même elle s'esquiva habilement. Je suivis ses gloussements légers et ses pas dansants, et c'était ça son art - son art à la Joséphine Baker, tout en rire et en sensualité.
Alors dis-moi, mon âme, mon ineffable joie, à quoi sert donc un homme quand le plaisir suffit au plaisir et l'amour à l'amour ?
Luse
La consigne ==> ICI
Commentaires
Merci pour cette première participation Luse. Ton texte est très bien écrit, très doux...et la chute en est très originale.
Ah! C'est assez mystérieux aussi.
Quant à la libido, c'était un mot vraiment pas facile à caser !
Superbe ! On se met facilement à la place du gars coupé en plein élan…
C'est très très bien écrit, avec juste ce qu'il faut de métaphores et de poésie sans en rajouter, c'est subtil et léger. Bravo !
libido?
Je n'ai jamais trouvé le mot "libido" difficile à caser. Il suffit d'en avoir. Quant à toi, Luse, la poésie de ta prose ne saurait que recevoir mes sincères applaudissements. Et, pour sortir de ce conventionnalisme, je te dirai en bon vieux français: J'en suis baba!
Salut Dino, on se croise aujourd'hui…
Bonne année alors.
Je trouve aussi que libido est difficile à cloquer.
En fait c'est à cause de la musicalité de ce mot.
Libido, lavabo, bonobos, bobos il y a des mots qui ne sont pas beaux, il faut reconnaître. Sauf dans un texte qui se veut drôle.
L'expression "in petto" fonctionne très bien dans le texte d'Azerty, parce que le texte est drôle.
Maintenant, m'est avis que je la jouerai moins si je devais mettre cette expression dans une sonate automnale dont le sujet est l'amour perdu… ça ferai tâche quoi… Pareil pour libido à mon avis…
ou lavabo,
ou bonobos,
ou gros dodos… haribot, euh… …
ou nyctalope… nycthémère
c'est français… mais c'est pas glop.
Tiens bah, pareil, pas glop, c'est pas terrible… euh ok je sorts. Salut !
LIBIDINEUX...
Salut, mon vieux Clebs! Depuis le temps que j'ai finalement quitté le Brésil pour me retrouver chez moi en Grèce, il s'en est passé des choses. Bref, à part quelques petits problèmes de santé, tout marche comme sur des roulettes carrées. Je te souhaite une bonne et heureuse année.
Tu dois connaître la vieille blague dite "libidineux" qu'on voulait raconter à un vieux Nordaf' et qui, sans trop comprendre et croyant que c'était contre lui, s'exclamait:
"Chnou, moi, libidineux? Moi, gros noeud comme ça!"
À la revoyure!
En effet, très beau texte ... A la fois léger et délicat, profond et saisissant ... Comme quoi, la poésie sait se passer de vers.
Et en réponse au commentaire du "chien" : j'approuve ce que tu écris, mais d'où te vient l'image du "gars", comme tu dis ? Il me semble que le narrateur est également une jeune femme, si on se réfère au "éveilléE" du début. Une erreur de saisis, peut-être ? Mais la dernière phrase me laisse à penser qu'il n'y a justement pas d'homme dans ce texte. C'est du moins l'interprétation que j'en fais.
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