EsquisseJe me demande ce que cet homme me trouve. 

Il me  tourne autour, recule d’un pas, se rapproche, s’éloigne encore. Pourtant, je n’ai  rien d’une Vénus, moi  hideuse sculpture aux lignes informes, sans charme aucun.

Je garde la tête froide, ne bouge pas, je suis  heureuse d’être enfin admirée.

Je suis restée si longtemps enfermée dans ce sous sol infâme, vieillissant, sans qu’aucun regard ne vienne se poser pour me rappeler que je suis  une femme.

Ma poitrine qui pend lamentablement semble attirer cet Apollon qui n’ose pas, je le sens bien, caresser mes seins.

Je soupire d’aise, il ne m’entend pas.

Je tenterai bien de bouger pour attirer ce félin dans les lignes de mon  filet.  Remuer un tout petit peu mais je crains de me retrouver éparpillée à ses pieds.

De mon socle, je peux admirer les merveilles du parc illuminé des feux d’artifice qui crépitent.

Feux de joie  qui embellissent les architectures de ce château dont je suis l’hôte depuis que l’arrière petit fils du sculpteur m’a achetée.

Je frisonne, l’humidité qui se dépose sur mon corps me refroidit.

L’homme revient, se déciderait-il à m’emmener avec lui ?

Il s’assoit sur mes  pieds, cela m’émeut, et je rêve, je m’alanguis et je me revois lorsque j’ai servi de modèle à ce massacreur qui m’a transformée en  une œuvre d’art infâme.

Qu’a t’il fait de ma beauté ?

Il a transformé ma beauté de chair en me tapant dessus avec son burin, écorchée avec son ciseau, fait tomber la poitrine, et rendu mon ventre flasque.

Cet artiste m’a laissé en souvenir son  étui fixé à ma taille, qui contient encore de  la poudre qui lui a servi pour armer son pistolet lors d’un duel qui a mit fin à sa carrière.

Il m’a laissée en plan, je suis manchote, je suis une œuvre d’art inachevée.

L’homme se relève et part. Il me laisse plantée sur mon piédestal, seule.

Claudie

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