Autour des mots

Joue, jouons, jouez

23 juin 2007

PLATONIQUEMENT VÔTRE ... (Dino le Céladon)

journalJe retrouve mon vieux journal vert et j'en profite pour traduire du grec quelques notes prises voilà presque un demi siècle (présentées ici en italiques), auxquelles j'ajoute mes souvenirs actuels....

   

26 X 57 Je suis inscrit au Gymnase de Maroussi, le premier lycée mixte d'Athènes. Devant moi, je ne vois que les tabliers noirs des filles, leurs petites têtes  blondes, brunes ou même rousses, toutes chouettes, leurs corps d'adolescentes commençant à se définir... Moi, nature éclectique, j'avais déjà choisi quelques unes, mais, plus spécialement, une frimousse bien mignonne, avec un grain de véritable beauté sur le coin des lèvres, les cheveux courts blond brun, menue et déjà parfaitement bien faite.

Pascale_petitElle ressemblait étonnement à Pascale Petit, du film "Les Tricheurs", de Marcel Carné, qui venait d'être présenté à Athènes. Je m'imaginais déjà dans le rôle de Jacques Charrier, jouant avec elle au fameux "jeu de la vérité" du film.  Roula K ... avait peu d'amies, elle était une étudiante exemplaire mais, très vite, j'avais su qu'elle adorait aussi la musique de l'époque, rock'n'roll, blues, etc. C'est ainsi que j'avais commencé à en tomber amoureux, en silence au début, plein de patience après, en lui parlant plus tard ... Un amour auquel elle n'était pas indifférente ... Sans jamais rien lui demander d'extraordinaire ... à part les quelques baisers et les quelques caresses innocentes mais réciproques, bien en vogue à l'époque ... Un amour qui continue bien vivant, malgré les quelques 50 ans passés, malgré mon premier  mariage, mon veuvage, mes autres mariages, mes divorces postérieurs, mes épouses, femmes, maîtresses, concubines et petites amies que j'ai eues pendant mes voyages de par le monde...

ESTIAJ'habitais Paradissos (voir mon texte LA CUITE), près de Maroussi où se trouvait notre école, pas trop loin de chez elle. Je visitais souvent sa maison à Mangoufna, cette banlieue d'Athènes qui maintenant s'appelle Kato-Pefki, où nous assions des heures à écouter nos musiques préférées sur le tourne-disques, les rock'n'roll de Presley, de Jerry Lee Lewis et de Bill Haley, à danser (en catimini) cheek-to-cheek des blues (You are my destiny, My prayer, The great pretender, de chanteurs comme les Platters, Paul Anka, etc.)  Souvent, quand son père, M. Nikos, rentrait de son travail (il était linotypiste chez ESTIA, le journal conservateur par excellence, photo) nous échangions des idées sur des thèmes sérieux (littérature, histoire, religion, politique), en sirotant des petits vins résinés bien frappés. D'autres fois, je bavardais avec son frère cadet, Yorgo (qui devait continuer la tradition familiale de la linotypie chez ESTIA) ... Des fois, pendant l'été, nous allions au cinéma en plein air, pas loin de chez elle, mais toujours accompagnés par sa mère, Mme Niki.  Mon (notre) grand délice, dans le noir, était de lui (nous) tenir la main (toujours en cachette évidemment),  jusqu'au moment où la sueur dégoulinait de nos paumes ...   C'est ainsi que se terminât 1958 ...

PROMESSES

C'était un crépuscule,

septembre 14, le jour de

la Sainte Croix,

et la terre encore humide

par la dernière averse d'automne.

Nous étions assis près l'un de l'autre,

sur des fauteuils de plage

appuyés contre le mur de la terrasse.

Je lui ai pris la main, je l'ai serrée,

et, puisque c'était un jour de fête,

chacun de nous énumerait,

les cadeaux qu'il pensait faire:

La ville d' Athènes (m'a-t-elle offert).

Tout le monde autour (j'ai proposé).

Ma vie entière (m'a-t-elle promis).

Mon âme immortelle (je lui ai dit).

Mais ce que nous ne pensions pas

c'est que nous n'étions que des enfants.

04 IV 59:Je vis...j'aime le monde, j'aime l'univers, j'aime la vie, j'aime Roula...Tu peux vivre, mon pauvre fou, vivre pour elle, vivre pour la Vie, pour tout le monde! Ce grand amour, entre ces deux coeurs, est né pour l'éternité. Une fillette, de 17 ans, aux yeux si doux, aux lèvres comme des cerises écarlates, une fraîcheur printanière, plus brillante que le propre soleil, un fruit pratiquement mûr avant l'heure ... il me suffit de toucher sa main parfaite pour que mon être entier commence à trembler et que de folles idées envahissent mes pensées. 

07 VIII 59: Le même chemin connu, celui qui mène chez elle, celui de la Joie et/ou de la Tristesse (...) Ce nétait qu'un rêve doré ... 

14 IX 59:  TETELESTAI (*) ... Il y a pas mal de temps que je me suis trouvé près du bonheur, que je l'ai presque frôlé. Maintenant, je tombe, je tombe dans le goufre pour arriver à l'autre bonheur, celui du mensonge et de l'hypocrisie. Allez, mon pote, hue! Cours vers la vie de la bêtise. 

Fin '59, j'étais parti. Presque 2 ans de voyages, études, boulots: Yougoslavie, Italie, Suisse, France, Angleterre, Espagne ... J'ai connu plein de gens, j'ai fait beaucoup d'amis et d'amies dont la plupart je devais perdre pour toujours et d'autres, très peu nombreux, qui me resteraient bien fidèles. Finalement, il était temps de rentrer en Grèce (voir mon texte SEGOVIA) ...

23 VII 61: Je suis allé visiter Roula ... 

26 VII 61: Hélas! Le rêve n'a pas été oublié. La grande Idée est toujours là, le soleil brille toujours comme jamais auparavant et moi, tel un faible papillon je me bats désespéré tout autour et je finis carbonisé.

10 VIII 61:  Aujourd'hui: Le seul jour de ma vie qui vaudrait la peine d'être vécu de nouveau.  Roula m'aime. Pendant tout le temps que je m'étais absenté, elle n'avait pas cessé de penser à moi. Et moi, donc? Est-ce que j'avais cessé de penser à elle, de l'aimer? Jamais, mon petit coeur ... Reste avec moi, mon ange, reste pour toujours, je t'aime ... 

MethanaJe retrouve entre les pages jaunies de mon journal le brouillon d'une lettre que je lui avais envoyée aprés une excursion "en famille" de deux jours sur Méthana (photo), une ville balnéaire à quelques km d'Athènes. Il y avait aussi une photo dont malheureusement je n'ai plus trouvé la trace, mais je me souviens parfaitement de notre groupe: Madame Niki, sa mère, son frère Yorgo, ma soeur Rita, mon ami espagnol Gerardo (voir SEGOVIA), elle et moi.

30 VIII 61: Tu as pleuré mais tu ne m'as pas dit pourquoi; tu m'as embrassé mais tu ne m'as pas dit pourquoi; tu m'as caressé mais tu ne m'as pas dit pourquoi. Et moi dans tout ça? Je me trouvais aux nues, là haut, sans savoir si j'aurais dû te dire tout ce que je t'ai dit. Des mots d'amour, tu as dû sûrement en entendre pas mal. Peut être quelqu'un d'autre t'a dit aussi qu'il te voulait comme sa reine, qu'il t'adore, qu'il te dédie toute sa vie... Mais à ce moment là ce n'était pas moi qui parlais, c'était des mots sortis directement de mon âme. Des mots que je m'étais répété des milliers de fois, des mots  qui surgissaient de mon être, parce que toi, tu n'es qu'un autre morceau de moi-même ...

Pendant plusieurs jours, voir des semaines, n'ayant pas reçu de réponse et comprenant qu'elle évitait toute communication avec moi, sans en connaître la cause, j'étais encore parti en voyage, vers l'Allemagne, pour étudier l'allemand, la France (voir mon texte ÉTÉ 62), puis l'Autriche où, à la demande de mon père,  je devais étudier l'hôtellerie. Ne pouvant plus blairer la langue et la culture germaniques et ne voyant pas de futur pour moi dans les hôtels, j'avais décidé de rentrer à Athènes où j'étais arrivé nuitamment et où personne ne m'attendait plus. Évidemment, dès le lendemain de mon arrivée, j'avais téléphoné pour essayer de la voir. Elle m'avait dit que je pouvais aller chez elle mais que je ne pourrais pas rester longtemps. Ce fut son frère Yorgo qui m'avait reçu en me donnant un billet d'elle. Souvent, les manuscrits ont plus de force que les paroles...

22 XI 62: "Je t'en supplie, je te demande un peu plus de patience, pour lire ces quelques mots. Je sais que, pour toi, c'est la fin, que je t'ai fatigué beaucoup trop, que je t'ai fait du mal et que, de même, j'ai profité de l'amour et de la compréhension que tu m'as toujours donné. Pour tout cela, j'ai honte, parce que je n'ai jamais pu te rétribuer quoi que ce soit en échange. Ni même l'amour que je sens pour toi je n'ai été capable de l'exprimer pour que tu sentes combien il est grand. Je veux, pourtant, te demander un plaisir; il sera le dernier, je te jure. Si toi tu as perdu l'espoir, si tu veux cesser de m'aimer, je te prie de ne pas me défendre moi de cet espoir. Laisse-moi croire que, dès que je me séparerai, je pourrai courir te trouver. Et si, à ce moment là, je n'habite plus dans ton coeur je te promets de ne plus t'importuner."

C'est là que j'avais fini par comprendre qu'elle était déjà mariée. Maintenant que j'écris ces lignes, presque 50 ans après, je sais qu'elle ne s'est pas séparée. Et je sais parfaitement bien aussi que je ne l'ai jamais expulsée de mon coeur. Yanni M..., ancien radio de la Marine Marchande Hellénique, issu d'une très bonne famille historique, qui l'a épousée, un homme honnête, intègre et authentique, un vrai gentleman et très bon ami, qui lui a fait un fils, l'a respectée pendant toutes ces années, de la même façon que je les ai respectés aussi. Dans l'interminable tourbillon de ma vaine vie, pendant mes voyages dans tous les coins du monde, pendant mes amours ephémères ou mes longs mariages, à travers tous mes divorces et toutes les morts dans ma famille, les hauts et les bas financiers, les richesses et les catastrophes, je n'ai jamais cessé, ni même maintenant ces derniers temps que j'habite le Brésil, de lui téléphoner (toujours discrètement) de temps à autre pour avoir de ses nouvelles.

(*) Je n'ai pas traduit ce mot exprès. C'est du grec biblique alexandrin. À l'époque, je ne connaissais que sa simple signification historique "C'est fini".  Je n'avais pas la moindre notion de son contenu mystique comme présenté dans le Rituel Rosicrucien que je devais apprendre plusieurs années plus tard et qui s'aligne parfaitement avec ce que j'avais ressenti à l'époque en l'écrivant.

P.S. Au fait, en relisant mon texte, je vois que je devrais signer comme DINOleCÉLADON

L_Astr_e_C_ladon

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21 mai 2007

La Contrescarpe © DINOleGREC

Ghislaine F... (Linda pour les amis) était une très belle française, petite, brune, bien moulue, aux yeux clairs, mais un peu réservée et mystérieuse qui, bien que jeune, voyageait toujours seule, dans le monde.
Mes parents l'avaient connue à San Stéfano (un grand club-restaurant-music-hall) sur la fameuse Corniche d'Alexandrie, au début des années '50. Elle devait avoir vingt ans; un peu plus vieille que ma soeur, Rita, qui se trouvait en vacances chez notre tante Antonia, à  Héliopolis, au Caire (voir mon texte "pyRAMides") et, comme elle lui ressemblait un peu, ils étaient devenus amis et ils avaient fini par lui offrir la chambre de ma soeur chez nous pour ne pas payer d'hôtel pendant le reste de son séjour en Égypte.

À l'époque, je n'avais qu'une dizaine d'années, mais j'étais déjà parfaitement trilingue: grec (accent égyptiote), français (accent levantin), arabe (accent alexandrin), et j'apprenais en plus l'anglais et l'italien.
J'étais taciturne, peu causant, toujours plongé dans des bouquins trop érudits qui n'avaient rien à voir avec mon âge, sans prêter beaucoup d'attention au reste du monde autour de moi. Donc, les souvenirs que j'ai de sa figure à cette époque là sont très vagues.

Dix ans plus tard, à Paris, lorsque je commençais à faire face à la vie, mon père m'avait envoyé l'adresse d'un Anglais, ami à lui depuis la Guerre II, pour passer mes vacances de Noël chez lui à Londres (voir mon texte "Angleterre Beurgghh") et l'adresse de Ghislaine F... (Linda pour les amis), place de la Contrescarpe, à Paris, au cas où j'aurais besoin d'aide et d'orientation. Après ce vain voyage en Angleterre, je m'étais retrouvé de retour à Paris avec très peu d'argent qui ne m'aiderait qu'à survivre quelques jours. Une petite chambre ignoble dans une pension immonde de Montparnasse n'était bonne que pour aller y roupiller et me protéger du froid ... Je m'étais donc dirigé place de la Contrescarpe, content de pouvoir connaître finalement ce fameux endroit fréquenté par Ernest Hemingway et Georges Brassens.

Ghislaine F... (Linda pour les amis) vivait dans deux mansardes contigües, aménagées par le dernier propriétaire en un studio, deux-pièces, absolument sympathique s'il n'était pas surchargé de tout un capharnaüm hétéroclite de meubles, tapis, tableaux, miroirs, bibelots (j'avais même cru reconnaître un Fabergé), crystalleries, argenteries et autres chinoiseries, provenant, sans doute, de ses voyages.

Elle m'avait reconnu tout de suite, bien qu'elle m'avait connu moutard en culottes courtes, dix ans plus tôt; elle était ravie de me revoir. Elle se trouvait maintenant devant un grand jeune homme, mince, beau gosse (modestie à part), châtain clair, avec une moustache en tablier de sapeur et un début de barbiche d'intellectuel. Elle m'a fait entrer et m'asseoir, m'a invité à prendre un petit coup de vin (plus tard j'avais su que c'était, ni plus ni moins, un Château Yquem), en me disant qu'elle serait heureuse de m'aider, en compensation de l'hospitalité que mes parents lui avaient offerte en Égypte. Tout de suite, je m'étais dit in petto que c'était là ma chance pour sortir du merdier financier où je me trouvais. Manque de bol, elle était invitée chez des amis pour le Réveillon de Noël. Mon réveillon à moi fut ce qui deviendrait presque une habitude pour moi, pendant les années que j'allais vivre en France: une baguette, un camembert, un litre de gros rouge et un paquet de Gauloises (voir mon texte "Été 62"), dans ma chambre minable, à écouter les flons-flons du bal qui m'arrivaient de loin de quelque part du boulevard Montparnasse...

Bref, pour en revenir à mon histoire, j'avais revu Linda plusieurs fois. Elle m'invitait souvent à dîner dehors, ou alors chez elle, avec des canapés au foie gras ou au saumon, arrosés de petits vins blancs secs, bien frappés. Nous passions des heures à boire, à fumer, à écouter ses musiques préférées, bizarres, toujours sotto voce, et bavarder de tout et de rien, de futilités, ou alors d'histoire, de géographie et de philosophie. Dans tout ça, je respectais toujours ses habitudes et sa privacité, ses longs silences et son mutisme concernant certaines choses. J'étais toujours très discret et je sentais qu'elle appréciait cette attitude de ma part tout comme nos conversations.

Peu à peu, notre amitié évoluait. Un jour, après avoir bu je ne sais plus combien de "bloody-mary", sur la terrasse d'un bistrot à l'angle de la rue Mouffetard, elle m'avait annoncé sur un air de complicité que nous devions rentrer parce qu'elle avait préparé une petite réunion ...
Une fois chez elle, en attendant ses invités, nous avions continué avec de la vodka pure (faute de jus de tomate). Un peu plus tard, elle me présentait sommairement les 3 amis qui venaient d'arriver et qui m'avaient paru insignifiants. Au début ils avaient un air réservé mais, aprés les premiers petits coups de vodka (avalés en vitesse pour rattraper l'avance que nous avions sur eux), ils paraissaient plus relax; désormais, tout avait l'air normal et c'est là que Linda avait éteint la musique pour annoncer le début de la ... session.

Je dois dire ici que, jusqu'à ce moment, elle ne m'avait jamais parlé des ses dons ésotériques. À l'époque, je savais très peu sur ces choses. Un ou deux livres d'Allan Kardec, que j'avais lu, ne parlaient que de "spiritisme blanc". La théosophie et La Doctrine de la fameuse Yéléna Petrovna Blavatsky, j'allais étudier bien plus tard. Bref, je ne m'attendais pas du tout à l'aventure que j'allais vivre. Je tombais des nues en découvrant petit à petit que Linda était un puissant médium, capable d'incorporer des esprits venus d'autres époques et d'autres pays, qu'à ces moments là elle pouvait parler en d'autres langues étrangères (que, normalement, elle ignorait) et que même sa voix s'adaptait à l'esprit qui la visitait.

Après les préparatifs de profonde concentration qu'elle nous avait demandé et dans le silence absolu qui avait suivi, elle avait commencé à parler, mais elle n'articulait pas trop bien, c'était saccadé, je n'arrivais pas à tout comprendre, je ne savais même pas en quelle langue c'était. Peu à peu, ça devenait plus compréhensible, je commençais à comprendre quelques mots, des bribes de phrases. Plus tard, sa diction s'était encore améliorée ... au détriment de sa voix qui, par moments (et, selon les cas), devenait presque masculine. À un moment donné, elle (ou il?) se fit identifier comme Ramsés II, dans un français bien primitif.  Elle (ou il?) a demandé un crayon et du papier, se mit à dessiner son auto-portrait, suivant une technique  extraordinaire, que je n'avais jamais vue auparavant, noircissant rapidement les endroits où il fallait des ombres, mais le tout sans lignes de contours (!), et avait fini par signer son nom en hiéroglyphes ...

Je ne sais plus si ce fut l'effet de la boisson, de la fumée ou celui de mes propres sens, mais après quelques autres "visites" sans importance, quelqu'un était arrivé en déclarant (dans un accent bien méditerranéen, ou levantin comme celui que j'avais encore à l'époque) qu'il me connaissait en tant qu'intellectuel depuis le siècle dernier, quand nous fréquentions ensemble la cour royale à Tolède en Espagne. À ce moment là, je n'avais pas prêté beaucoup d'attention à ce qu'elle (ou il?) avait dit, mais quelque temps plus tard, suite aussi à certaines déductions, j'avais compris pourquoi, bien que j'habitais la France, j'avais appris, grâce à mon ami espagnol Gerardo, à parler un castillan parfait en deux mois seulement, exactement comme je le maîtrise aujourd'hui, c'est à dire, comme une langue maternelle (voir mon texte "Segovia" et le portrait du poète Gustavo Adolfo Bécquer, "ma" tête). Cela m'a aussi expliqué depuis, pourquoi j'avais toujours senti une telle attraction vers l'Espagne, l'Amérique Latine et tout ce qui s'ensuit, jusqu'au jour d'aujourd'hui. Évidemment, à l'époque je ne savais absolument rien sur des doctrines spiritistes alternatives, comme Wicca, Umbanda, Candomblé et Macumba que -une fois initié- 10 ans plus tard j'allais moi même pratiquer en Bolivie, en Argentine, au Brésil et ailleurs. Mais tout ceci appartient à d'autres chapitres de ma vie.

Cette nuit là, vers l'aube, les amis invités étant partis, j'avais fini par faire l'amour avec Linda, pour la première et dernière fois dans ma vie, comme dans un rêve. Mais, il m'est toujours resté un doute: Est-ce que j'avais fait l'amour vraiment avec Linda, ou était-ce avec quelque autre femme, physiquement morte depuis longtemps, dont l'esprit était venu habiter le corps de mon amie? Hélas, je ne le saurai jamais. Peu de temps après, Ghislaine F... (Linda pour les amis) disparaissait mystérieusement de Paris et de ma vie, sans dire un mot, sans laisser de traces, pour toujours ...
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PS1. Il y a aussi une autre chose que je n'ai jamais sue: Comment  pouvait-elle maintenir ce haut niveau de vie, une jeune femme seule, pratiquement riche? D'où venait son argent? D'un héritage? De quelque travail? Elle ne m'en avait jamais parlé...

PS2. Deux ans plus tard, je me trouvais à Athènes, pour quelques jours, parce que ma soeur attendait un bébé. Étant son unique frère, elle m'avait fait l'honneur de me demander de baptiser la fille qu'elle avait eue. Sans hésiter, j'avais dit "Ghislaine"...

PS3. Cette unique nièce que j'ai eue, Ghislaine G..., je l'ai perdue dans le temps et dans l'espace (comme tous les membres de ma famille d'ailleurs, aujourd'hui morts ou éloignés). Je ne sais plus rien d'elle.

PS4. Tout ceci, peut être de ma faute...

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01 avril 2007

La Paz (DINOleGREC) ©

sorbonneMai '68 était déjà fini. Après deux voyages rapides à Athènes, en Grèce et à Ségovie, en Espagne, avec Juanita (ma fiancée depuis notre entrée à la Sorbonne photo) et après les examens de fin d'études (permis par De Gaulle  uniquement pour les étudiants étrangers, pendant l'été '68), nous étions partis pour La Paz,  sa ville natale, chez ses parents, pour nous marier et, selon nos projets, retourner après en Europe pour commencer notre vie professionnelle de traducteurs multilingues...

De Paris à Buenos Aires (via Dakar, Sénégal) sur Air France, aucun problème. dc3Mais, plus tard, la sensation dans le vieux DC3 Dakota déglingué, de la compagnie LAB (Lloyd Aéreo Boliviano), qui faisait du ... slalom entre les sommets des Andes (parce qu'il ne pouvait pas monter plus haut) et l'aterrissage tout à fait inattendu à A_El_Alto_mountains_98ssp356El Alto, à 4.200 mètres d'altitude, l'aéroport le plus haut du monde (*) photo , avec des bonbonnes d'oxygène sur les étagères pour les cas urgents de dyspnée, avec en plus la vue générale de la ville de La Paz, à 500 mètres plus bas, faisaient couper le souflle à tout étranger nouveau venu. Juanita, née et élevée à ces altitudes, n'avaient pas de problème. Moi, au début, pour m'habituer au manque d'oxygène, j'avais arrêté de fumer pendant quelques mois et, le matin, au lieu de café je buvais une infusion de feuilles de ... coca (mais, oui, celles dont on fait la cocaïne), avec du cognac, ce qui aidait le sang à circuler. Tout ça pour combattre les effets du "sorojtchi", le mal de l'altitude(*) en langue aÿmará...

Son père, Armando Pagano, Argentin émigré, réussi en Bolivie, directeur et co-propriétaire de la Librairie Gisbert, la plus grande du pays, m'avait trouvé très sympathique. Il rigolait tellement avec ma façon de prononcer  l'espagnol, carrément à l'ibérique, qu'au bout d'un mois j'avais adopté son accent argentino-bolivien et tout était parfait. Un mois plus tard, j'avais gagné un concours public proposé par "COMIBOL" (Corporación Minera de Bolivia) pour traduire quelques 1000 pages de texte sur les mines du pays  (étain, antimoine, charbon, etc.). Ça me faisait pas mal d'argent de poche pour préparer mon mariage et pour ne pas dépendre tout à fait de mon futur beau père.

Lac_TiticacaIndiens_AymaraNous étions devenus inséparables. Il m'emmenait à la chasse au canard sauvage, sur le Lac Titicaca photo, en compagnie des indigènes Aÿmará et de quelques pêcheurs de la tribu des Uru qui ne parlaient  pratiquement pas l'espagnol et qui restaient abasourdis en me voyant plonger dans les eaux glacées du lac ... Tiahuanacu_Il me montrait les ruines de l'ancienne civilisation de Tiahuanacu  (antérieure à celle des Incas), la Puerta del Sol, à travers laquelle les rayons du soleil passent en ligne droite uniquement aux deux solstices, de l'été et de l'hiver...porte_du_soleil

On sortait en bons copains, faire les 400 coups, il m'emmenait aux boîtes de nuit qu'il fréquentait, où il me présentait ses petites namourettes, on buvait ensemble, pendant le jour, du "maté" et du vin à l'argentine, mais la nuit, c'était du whisky à l'américaine, de la vodka à la russe, de la gnole à la bolivienne ou, simplement de la bière(*). Il avait essayé de m'apprendre à jouer au golf, mais je me sentais beaucoup trop jeune pour ce sport bourgeois que je trouvais désuet. dino_bowlingPar contre, il avait fondé, avec ses amis du golf, un petit club privé de Bowling qu'ils appelaient "Hoyo 19" (Trou 19), signifiant que, après les 18 trous du golf, il fallait se faire le 19ème: le bowling. Alors là, c'était une autre paire de manches: En quelques mois, j'arrivais souvent à vaincre mon futur beau-père (déjà champion à l'époque) dans des duels homériques (dûment arrosés naturellement), chose que non seulement il n'appréciait guère mais que, blessé dans son orgueil de "macho", il avait fini par ne plus me blairer comme au début et faire semblant que tout était normal. En ce qui concerne le bowling, plusieurs années plus tard, j'étais arrivé à être champion de mon pays, en 1982 photo, participer à des tournois internationaux et même à la Coupe du Monde en Hollande, avec un ranking de Numéro 30 au monde. La plupart des champions grecs postérieurs, dont un champion européen, l'actuel président de la Fédération Grecque, et.al., sont mes disciples. Mais ça c'est un autre chapitre de ma vie et je ne sais même pas si ça vaut la peine de l'écrire.

Bref, revenons à nos moutons: il était grand temps de commencer à penser au mariage. Je ne voulais pas m'éterniser en Bolivie. Mon parrain serait  Waldemar Spada, un autre Italo-Argentino-Bolivien, ami et compagnon de nos vadrouilles. CochabambaIl avait même contribué aux dépenses pour notre voyage de lune de miel à Cochabamba photo, une ville sympathique, à quelques ... 2 km plus bas que La Paz, bien folklorique, comme toute la Bolivie d'ailleurs. Les cadeaux de mes beaux parents pour le mariage furent un mignon tailleur de velours vert et quelques bijoux pour leur fille. Rien pour moi. Moi, je devais continuer mes traductions pour mon argent de poche et notre voyage de retour pour l'Europe. Mais Juanita était enceinte. Les médecins lui avaient conseillé de ne pas voyager dans son état, parce que la brusque différence de l'altitude pourrait s'avérer néfaste. J'avais dû me rendre à l'évidence. Je travaillais comme un fou.

À la veille de Noël 69, j'avais accompagné Juanita chez son gynécologue, le dr. Mollinedo, un des meilleurs du pays. Il nous a conseillé d'attendre une meilleure dilatation. Deux jours plus tard, le 26 décembre, il nous a proposé d'accélérer le processus pour diminuer les douleurs de Juanita bien qu'une césarienne coûterait 3 fois plus que le normal. Après l'intervention, il était sorti pour me dire que tout était parfait, que j'avais un fils, qu'il ne me fallait plus qu'attendre 2-3 heures pour qu'elle se réveillât de l'anesthésie et qu'il devait partir (à cause de Noël) et il s'en fût.
Effectivement, peu de temps après, Juanita s'était réveillée, je n'ai eu que le temps de lui dire que nous avions un fils et elle s'était rendormie ... pour ne plus se réveiller, à cause de l'hémorragie interne dûe à la faute impardonnable d'un professionnel (?) qui voulait fêter Noël... Je ne peux plus continuer...

Un an plus tard, j'acceptais le poste d'Attaché de Presse près l'Ambassade de Grèce à Buenos Aires en Argentine où j'ai vécu jusq'à la chute du régime militaire en 74. Avec mon fils, Jorge, 38 ans déjà (encore un Grec polyglotte de la Diaspora, perdu dans le monde) je maintiens une communication formelle ou typique mais, tout de même, très intense ...
Les répercussions psychologiques de cette époque tragique ne font qu'un autre chapitre de ma triste vie...

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(*)  CURIOSITÉS DE L'ALTITUDE

#Tout, à La Paz et ses alentours, est "le plus haut du monde": L'aéroport "El Alto", comme son nom l'indique, le Lac Titicaca, le champ de golf, etc ...
# L'hippodrome: Les Boliviens voulaient avoir aussi l'hippodrome le plus haut du monde. Ils l'avaient donc construit dans un bel endroit (San Miguel de Calacoto), à quelques km de La Paz mais, au bout de 3-4 mois, ils avaient dû fermer boutique et vendre le tout, parce que les pauvres chevaux, crevaient à l'arrivée, faute ... d'oxygène. (C'est là qu'une entreprise avait créé une ville-satellite où mon beau-père finissait de construire une maison, où j'avais vécu pendant 2 ans, et où j'allais chaque fois que je visitais le pays.)
# Le stade: Dans sa moitié qui se trouve au soleil, tout le monde est en manches de chemise, ou torse nu, chapeaux de paille, savourant des boissons glacées; en face, dans l'autre moitié du stade, à l'ombre, tout le monde porte des pulls, des manteaux, des gants, des bonnets de laine (les fameux "lluchu" multicolores des Andes) et boit du café chaud. L'explication est que la chaleur du soleil ne se dissipe pas. Il fait très chaud au soleil et très froid à l'ombre.
# On peut boire du café ou du thé bouillant, de la soupe, etc. sans se  brûler: l'eau arrive à bouillir bien avant les 100 degrés.
# À cause de la pression atmosphérique, le sang ne circule pas facilement, il coagule vite et les blessures ne saignent jamais trop. En contrepartie,
on "tient" beaucoup plus d'alcool parce que le sang est plus dense.
# Les gens de race blanche ont toujours les joues rouges.

# Le coeur des natifs est presque deux fois plus grand que le normal et leur  cage thoracique est beacoup plus grande, à cause de l'effort pour respirer.
# Il est bizarre qu'avec tout ce manque d'oxygène, les Indiens ont assez de souffle pour jouer parfaitement de la flûte, celle de Pan, appelée "quéna", ou d'une multiple triangulaire, appelée "sampoña" (mot d'origine inexplicablement grecque: "symphonie").
# Mouches, moustiques, fourmies, cafards et autres insectes n'existent pas.
# Pour faire une grillade de viande en plein air, il faut souffler ou "faire du vent" tout le temps parce que le feu ou les charbons s'éteignent vite.
# Par conséquent, assurance incendie, ça n'existe pas.
# Les Indiennes portent toujours sept (7) larges jupes de différentes couleurs, l'une sur l'autre et, en général, pas de culotte, ce qui leur facilite la tâche pour pisser en public, assises au bord du trottoir, sans que personne ne s'en rende compte (la petite flaque jaune qui en découle reste couverte par les larges jupes).
# Les fameux chapeaux melon des Indiennes de La Paz viennent, généralement, ni plus ni moins, de la maison Borsalino (!) et gare à celui qui ose leur toucher le chapeau. Il serait plus facile de leur flatter la croupe (?). Chaque région bolivienne est désignée par un chapeau féminin exclusif et spécifique mais moins cher. Autrement dit, on sait d'où vient chaque femme d'après son chapeau.


    

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05 février 2007

Angleterre ... bêûrrrrghh (DinoLeGrec) ©

rue_de_la_gait_1Décembre 1960
Depuis quelques jours, j'habitais à l'Hôtel Odessa, rue de la Gaîté, à Montparnasse, en bon bohême. Mon père m'avait envoyé, entre autres bricoles, l'adresse d'un ami à lui, un Anglais qu'il avait connu en Égypte pendant la guerre, et 50 dollars pour que j'aille passer les vacances de Noël, 15 jours, chez lui à Londres.

ferry J'avais pris donc le train, Gare du Nord, passé la matinée à Calais Maritime, avec du caoua et des tartines, le tout arrosé de quelques bons vieux calvas "Magloire" (contre le froid), puis pris le transbordeur (à l'époque personne ne disait encore "ferry-boat") pour Folkestone,
Outre-manche, sans problèmes. De là, je pensais prendre le train jusqu'à Londres. À Victoria Station, comme convenu, m'attendrait l'ami de mon père.

folkestone Mais c'est à Folkestone, précisément, que mes problèmes avaient commencé. Dans la salle du Contrôle des Passeports, après les questions de rigueur, alors que tout le monde passait en père peinard, à moi, sans explications, on m'avait demandé d'attendre. Je commençais à me ronger les ongles. Si ça continuait, j'allais louper mon train. Finalement, de la porte du bureau d'à côté, était sorti un officier ... anglais, à n'en plus pouvoir: un type tout à fait carré, blond roux, tirant sur le rouge, portant des culottes courtes et de hautes chaussettes de boy-scout (le tout, couleur caca d’oie, évidemment), avec une moustache en guidon de vélo, style colonisateur des Indes de l'autre siècle et, dans un inénarrable accent britannique, se mit à beugler à la cantonade:


- Where is that fabulous lad? I was told he speaks a bloody good english?(1)

Il m'avait même donné l'impression qu'il attendait exprès afin que les autres fussent sur le train pour continuer à mon endroit:

- I'm told you are on your way to spend a fortnight in London ... I'm afraid you can't.(2)

Là dessus, avec mon meilleur accent anglo-égyptien, que j'avais à l'époque, je lui avais demandé:

- May I ask you why, my dear Sir?(3)

Et lui, imperturbable

- You declared 50 american dollars, my lad. According to british law, this is not enough money to spend a fortnight in England.(4).

Je devenais dingue avec sa monumentale connerie:

- But I won't have to spend any money at all, Sir! I'm invited to spend Christmas Holidays at this gentleman's house, in London! (5)

Je commençais à m'énerver. Je criais presque:

- Here, this is his address! Right now, he must be expecting me at Victoria Station!(6)

Mais, lui, ne voulait rien savoir:

- Sorry, my lad. The law is the law.(7)

Et un moment après, en  regardant ses papiers:

- And you speak a bloody good english ... for a foreigner.(8) 

Puis, en lissant sa moustache, il a continué:

- Nonetheless, you'll have to take the first ship back to where you came from.(9)

Il n'y avait plus rien à faire. Il n'acceptait pas mes explications ni mes réclamations. Je l'avais même menacé d'aller au Consulat Grec. Et, il m'avait répondu ironiquement:

- If you find one, my lad, Okee-Dokee.(10)

J'ai laissé tomber. S'il recommençait à m'appeler "my lad" avec son accent si désespérément britannique, je serais capable de lui foutre mon poing sur la gueule. Le mec m'a accompagné jusqu'au bas de la coupée du bateau, pour être sûr que j'embarquerais. Durant la montée, j'avais déjà préparé ma petite vengeance. L'officier de service m'a demandé:

- Tickets, please. (11)

Je lui ai expliqué que je n'en avais pas et que je n'avais même pas l'intention de payer, précisément parce qu'ils ne me laissaient pas rester en Angleterre sous prétexte que je
n'avais pas assez d'argent. Lui, bien têtu, évidemment, insistait:

- No ticket, no trip. (12)

Après plusieurs tergiversations de part et d'autre, nous sommes descendus trouver le rouquin. Les négociations avaient duré presque une heure. Finalement, après beaucoup de blablabla, j'étais arrivé à m'embarquer ... à l'oeil. En fin de compte, les anglais, je n'en avais rien à branler. Mais, avant de m'en aller, mine de rien, j'avais dit au rouquin:

- Sooner or later, my dear Sir, I'll be back in England.(13)

Un peu plus tard, assis au bar du bateau, en buvant une "Guinness", et bavardant avec le barman -un vieux loup de mer, retraité, qui en avait vu d'autres- j'avais compris quelles auraient pu être les raisons du rouquin: J'étais Grec, né en Égypte, avec un passeport consulaire, plein de tampons et de cachets d'entrée-sortie de divers pays, je parlais un anglais parfait, en plus de mes autres langues ... Quelle en serait la relation? La raison qu'ils m'avaient donnée comme quoi mon argent ne suffisait pas, n'était qu'un prétexte, un subterfuge, un baratin, que quelques pays continuent à utiliser. La vraie relation c'était que, à l'époque, les Anglais avaient des problèmes avec les Grecs à cause des Chypriotes qui demandaient l'union de Chypre avec la Grèce au détriment des occupants Anglais; ils avaient aussi des problèmes avec les Égyptiens (et un peu avec les Français) à cause du Canal de Suez, ils avaient (et continuent à avoir) des problèmes avec tous les étrangers et les langues étrangères en général et, probablement, avec eux mêmes. Peut être m'avaient-ils pris pour un espion (?).

Évidemment, en ce moment là, je ne pouvais pas savoir que 15 ans plus tard et pendant 15 ans après (1975-1990) j'allais faire plusieurs voyages en Angleterre pour mes études et, plus tard, pour des affaires avec mon éditeur Athénien ... mais ça c'est un autre chapitre

DinoLeGrec

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(1) Où est ce fabuleux jeune homme? Je me suis laissé dire qu'il parle foutrement bien l'anglais.
(2) On me dit que vous pensez passer quinze jours à Londres ... Je crains que vous ne pourrez pas.
(3) Puis-je vous demander pourquoi, mon cher monsieur?
(4) Vous avez déclaré 50 dollars américains, mon jeune homme. Selon la loi britannique, ce n'est pas suffisant pour passer 15 jours en Angleterre.
(5) Mais je n'aurai pas besoin d'argent du tout, monsieur! Je suis invité pour les vacances de Noël chez ce monsieur, à Londres!
(6) Voici son adresse! En ce moment, il doit m'attendre à Victoria Station!
(7) Je regrette, mon jeune homme. La loi c'est la loi.
(8) Et vous parlez foutrement bien l'anglais...pour un étranger.
(9) Néanmoins, vous devrez prendre le premier navire et rentrer là d'où vous venez.
(10) Si vous en trouvez un, mon jeune homme, d'accord.
(11) Billets, s'il vous plaît.
(12) Pas de billet, pas de voyage.
(13) Tôt ou tard, mon cher Monsieur, je retournerai en Angleterre.
      

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29 janvier 2007

pyRAMides (DinoLeGrec) ©

kyriazi1953...
villaMa tante Antonia, unique soeur de ma mère Sophia, était mariée avec Yanco Finicopoulos (né à Tsangarada du Mont Pélion en Grèce, vétéran des guerres de 1922 en Asie Mineure) qui dirigeait la grande entreprise de cigarettes grecques des Frères Kyriazi, et habitait Héliopolis (appellée ainsi, en grec, depuis l'antiquité, par tous les Européens, et  que les natifs appellaient Masr-el-Guidida, i.e. Nouveau Caire) dans une énorme maison à deux étages, avec plein de vérandas, balcons, jardins, potagers, arbres fruitiers, poules, lapins, chiens, chats, et que sais-je.

alexandrie_carteMa famille, qui devait voyager en Grèce, avait décidé que je passerais mes vacances chez ma tante. Au début, sachant que la température au Caire arrivait pendant l'été à quelques 50 degrés, loin de mes amis et de mes plages bien aimées d'Alexandrie, j'avais été paniqué; mais, d'autre part, pensant que je serais plus libre, que je n'aurais plus le stricte contrôle de mes parents, j'avais accepté et pris d'abord le train, le long du Nil, et puis le car par la route du Sahara, pour traverser les 250 km de désert qui séparaient les deux villes.

mezedesPendant que mon oncle travaillait au bureau, ma tante passait ses journées à mijoter de succulents "mézêdés" à la grecque (petites bouchées ou en-cas salés) pour accompagner du vin ou de la bière à l'apéritif, des cuillerées de petits fruits au sirop (figues, raisins, cerises, aubergines, etc.), pour accompagner le café ou le thé au goûter ... alors que mes deux cousines,
Dimitra la brune (maigre) et Athina la blonde (rondelette), 13 et 10 ans respectivement plus vieilles que moi, s'exerçaient au piano classique, à quatre mains.

[Une parenthèse plus grande en ce qui concerne ces noms grecs:
L'hellénolatrie dans la famille était incroyable. Mon grand père maternel Périclès Maniatopoulos épousa Perséphone et ils eurent Georges (volontaire de la IIème Guerre, pris par les Italiens, échappé, puis pris par les Allemands, puis localisé au camp de Braunschweig et puis disparu définitivement quelque part en Sibérie), Antonia et Sophia, ma mère. Après le suicide de Perséphone, Périclès épousa Terpsithéa. Son frère Sophoclès épousa Iphigénie. Leurs enfants furent Orphée, les gémeaux Héraclès et Apollon (tous les trois, musiciens professionnels) et quand ils eurent une fille, Sophoclès avait voulu la baptiser Eurydice mais Iphigénie se révolta et ainsi la fille fût ... Marie. Ma tante Antonia garda la tradition: Ses deux filles fûrent Dimitra et Athina. Dans ma famille paternelle, la même chose: Mon grand-père paternel Constantin épousa Aristéa et ils eurent Georges (mon père), Thémistoclès, Charicleia et Démètre. C'est pourquoi, ma soeur s'appellait Aristéa (connue comme Rita) et moi Constantin (connu comme Dino). Mon fils s'appelle Jorge-Alejandro. Rien que l'histoire détaillée de chacun de ces noms serait suffisante pour écrire un livre]

La plupart du temps, le matin, je fouillais dans la bibliothèque de mon oncle qui avait des livres bien différents de ceux qu'il y avait chez moi, à Alexandrie, et je m'en régalais. Les après-midi nous sortions nous promener, manger des glaces, aller au cinéma ou alors nous restions à la maison écouter de la musique classique au grammophone (la grande nouveauté de l'époque pour qui pouvait se le permettre). Les soirs nous allions en famille aux salons de la Communauté Hellénique d'Héliopolis pour diner, boire, écouter de la musique grecque et danser. Les belles vacances, quoi!

 

pyramides_gizehUn jour mon oncle a dit: Dimanche, je vous emmène à Guîzeh. Chouette! je me suis dit: Enfin, les Pyramides! J'avais déjà lu et entendu pas mal de choses sur les Pyramides, et mon imagination avait recommencé à voyager dans le temps et dans l'espace: La seule des 7 Merveilles de l'Antiquité, conservée presque entière après des milliers d'années, le mystère insondable de leur architecture parfaite, leurs proportions géométriques, leurs symmétries astronomiques et tant d'autres détails, que, naturellement, je ne connaissais pas à l'époque. À l'âge de 13 ans, je ne pouvais même pas imaginer que plusieurs années plus tard j'arriverais à traduire et écrire des dizaines de livres et d'articles concernant ces énigmes insolubles. Mais ça c'est un autre chapitre.

 

pyramide_coupeAprès le trajet qui m'avait paru interminable jusqu'à Guîzeh (qui, aujourd'hui n'est qu'un autre quartier de l'immense métropole du Caire), avec le désert infini à droite et à gauche de la route, jusqu'à l'horizon, avec les chameaux que mon oncle avait loué pour arriver jusqu'aux monuments, j'étais bien récompensé. Abasourdi par leurs dimensions, je restais muet.
Avec l'adrénaline et mon coeur battant à 1000, j'avais monté les premiers blocks monolithiques de granite (entre 1 et 2 mètres chaque) jusqu'à l'entrée. À l'époque, on pouvait pénétrer à l'intérieur, après j'ai su qu'on en avait interdit l'accès, maintenant je ne sais pas.  Il y avait un étroit couloir ascendant, bas de plafond, depuis l'entrée jusqu'à la salle principale...

Je me rends compte qu'actuellement mes impressions personnelles sur ces monuments ne seraient plus tellement intéressantes. Leur description, présentation, analyse, etc.,  couvre des millions de pages de l' Internet ou de livres spécialisés. Mais un détail dont je m'étais aperçu lors de ma première visite continue à me turlupiner jusqu'à présent malgré mes études, mes traductions, mes enquêtes, mes lectures et mes propres origines : Pendant notre visite, j'avais souvent répété en moi le mot PYRAMIDES. Dans toutes les langues que je savais à l'époque: grec, français, anglais, italien, c'était pratiquement le même mot avec la même racine sauf une petite différence de prononciation... Et en arabe? En arabe ça se dit AHHRAM. Rien à voir ... Comment? Rien à voir? Ces trois lettres RAM se retrouvent,  curieusement, dans toutes ces langues. Plus tard, dans mes autres langues, espagnol, portugais, allemand, russe, j'ai retrouvé ces trois lettres non seulement pour le mot "py RAM ides" mais aussi pour d'autres mots et noms, généralement liés à d'importantes notions mystiques, historiques, interdites, ésotériques, religieuses, etc. Voici une petite liste, évidemment non exhaustive (ne disposant plus de mes archives personnelles, c'est tout ce dont je me souviens):

* py-RAM-ides: dans presque toutes les langues européennes;
* ahh-RAM: pyramides en arabe;
* RAM, ou RAM-a: Grand Initié, 7ème incarnation (avatâra) de Vishnu, cf.
Edouard Schuré;
* RAM-ayana: grande épopée indoeuropéenne d'avant JC;
* hi-RAM, ou hi-RAM-abif: le Grand Maître dans l'Histoire de la
Franc-Maçonnerie;
* hi-RAM: roi de Tyre qui embaucha son homonyme pour construire le Temple.
* adonhi-RAM, ou adoni-RAM; rite maçonnique exclusif.

 

PS. J'aimerais recevoir d'autres cas de "RAM" et, surtout, des explications de cette incidence, tout comme des commentaires et des questions. J'essaierai de répondre à tous. Merci

 

DINOleGREC

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13 janvier 2007

SEGOVIA (DinoleGrec) ©

L'Aqueduc, l'Alcazar, la Cathédrale, la Maison Cándido,  les ... mais, prenons les choses par le début:

J'habitais Paris et je devais travailler pour financer mes études. À travers une annonce à l'Alliance Française,  j'avais trouvé Robert Van de V., un belge (haut fonctionnaire de l'OTAN), qui voulait perfectionner son accent en anglais ... et après, Gerardo Garrido, un Espagnol bizarre qui voulait apprendre des langues (!) Je dis bizarre parce que, d'abord il était fauché et ensuite parce que, malgré ses deux ans de séjour à Paris, il ne parlait que l'espagnol.  En fait, il n'arrivait qu'à prononcer quelques mots indispensables de français, et ceci seulement quand il avait bu. Étant sobre, il ne parlait que son bon vieux castillan. Par contre, il lisait et comprenait parfaitement les journaux français. Un cas d'étude, quoi!

Puisque nous étions devenus amis, nous devions trouver un moyen de communication. Moi, je ne parlais pas l'espagnol. Mais, je le comprenais. Pendant un mois, je mélangeais un peu d'italien dans un français élémentaire et ça allait. Au deuxième mois, je mélangeais beaucoup d'espagnol dans mon charabia. Puis, à la fin du troisième mois, je passais déjà pour un enfant de ... Castille.

Nous étions devenus inséparables. Nous marchions beaucoup. Il habitait Puteaux, j'habitais Montparnasse. Il me racontait l'Espagne; je lui racontais la Grèce. Pleins aux as, nous allions à des boîtes "tsoin-tsoin", draguer des nanas, au théâtre, au cinéma ... Fauchés, nous buvions du gros rouge qui tache, dans les troquets de la Maub', ou de la Mouff'.

Nous fûmes les pionniers de l'échange de vacances: Il m'avait invité passer 3 mois chez son père à Ségovie, contre 3 mois qu'il passerait, après, chez moi à Athènes. En quelque sorte, nous échangeâmes aussi nos respectives ... soeurs. Mais, ça c'est un autre chapitre.

spain_map_segoviaLe 21 Mai, date historique: la Saint Constantin; la défaite de Byzance; mon départ pour l'Espagne (Gerardo, pour des raisons tout à fait personnelles et politiques, était resté).
De la Gare Centrale de Madrid, Atocha, le train jusqu'à Ségovie, à quelques 100 km. Ses deux frères, Antonio et Juan et sa soeur Mari-Carmen, comme convenu, m'attendaient. Au début, ils avaient cru que tout cela n'était qu'une blague: Leur frère leur avait envoyé un Espagnol en racontant des balivernes comme quoi j'étais Grec, parce que, pour eux, le seul Grec en Espagne avait été le peintre crétois Dominique Théotocopoulos, "El Greco", cinq siècles plus tôt (!) J'avais dû leur montrer mon passeport, pour prouver que j'étais bel et bien Grec.

segovia_Aqueduct_tnLa maison se trouvait au No 1, Calle Alamillo, à 100 mètres de l'impressionnant Aqueduc Romain, vieux de 20 siècles qui, selon les natifs, avait fonctionné jusqu'à quelques décennies plus tôt (?).  Pour arriver à la maison, on passait sous l'un de ses énormes porches de quelques 30 mètres de hauteur.

Après les présentations, leur mère Doña Agripina proposa: "Allez visiter les monuments. Le temps que je finisse mon "cocido madrileño", votre père sera de retour ». Mari-Carmen a voulu protester: "Non, maman, laisse-les. Peut être que le Grec veut se reposer."  J'ai dit tout de suite: "No, gracias, Señorita, estoy bien!", mais j'étais déjà devenu "El Griego" (en France, on m'appelait déjà "Le Grec", tout comme actuellement, voilà déjà des années, au Brésil où j'habite, on m'appelle "O Grego"). meson_de_candidoBref, il ne m'avait fallu que 100 mètres dans la rue, avec Antonio et Juan, pour comprendre. Nous avions commencé par le fameux "Mesón de Cándido", au pied de l'Aqueduc. Un très vieux bar-restaurant, plein de meubles lourds et rustiques, dont les murs étaient tapissés de photos de toreros, d'autographes de personnalités du monde entier en visite, de souvenirs, etc., fameux pour son "cochinillo a la brasa". 

Au deuxième apéro j'avais tout compris: Les "monuments" dans le jargon de la famille étaient les ... troquets où on allait prendre l'apéritif. Leur père, Don Valeriano Garrido, étant représentant en boissons, il passait ses journées dans les bistrots à essayer de vendre sa marchandise. Il est sûr que certains de ces établissements, étant vieux de 100 ou 200 ans, feraient des monuments historiques.

catedralsegoviaSur presque 1 Km, de la Calle Real, nous avions visité tous les "monuments" dignes de ce nom,  jusqu'à la Plaza Mayor où se trouvait un vrai monument: La Dama de las Catedrales, une des plus anciennes et imposantes d'Europe Occidentale, d'avant 1500.  Mes deux guides ont commencé par m'expliquer que, à l'origine, une église avait été construite sur un lieu distant de la ville et que, plus tard, à cause d'un incendie, ou d'une guerre, elle avait eu une partie brûlée et que, selon la légende locale, elle avait été ... transportée pierre par pierre (!) jusqu'au centre de la ville où elle avait été reconstruite suivant l'ordre des pierres auparavant numérotées ... Bon, moi je veux bien le croire, mais une douzaine d'apéritifs jusqu'à ce moment là ne garantissait pas la véracité de l'histoire, d'autant plus que (comme j'ai su plus tard) il y avait des saints, des rois et des archevêques enterrés dans des cryptes maçonnées sous le sol pour en faire des hypogées à être vénérées par les futures générations de croyants. N'empêche que son austère style gothique tardif m'avait tout de même impressionné presque autant que les anciens temples grecs de ma terre...

Segovia_Plaza_Mayor2Heureusement, pour rentrer à la maison, la descente de 1 Km était plus facile. Le vieux Don Valeriano, ravi de me connaître, proposa d’ouvrir un "Tinto Riojano" pour fêter l'arrivée de l'ami de son fils expatrié. Le pot-au-feu à la madrilène, bien chaud en ce début de printemps frisquet était tout ce dont j'avais besoin, en plus de ce fameux vin rouge. Vers 6 heures du soir, après la sieste, nous étions retournés à la Grand'Place par d'autres chemins, plus sinueux mais aussi bien jalonnés de"monuments". Heureusement que les apéros arrivaient toujours (selon la coutume) accompagnés de "tapas", ces petits en-cas salés, pour tromper l'estomac. Depuis lors, au petit matin, à la maison, Doña Agripina nous laissait, en guise de souper froid, une salade et du fromage, ou des "tortillas españolas", ces délicieuses omelettes campagnardes qui font presque un repas entier.

chocolate_con_churrosDes fois, très tard dans la nuit, la faim nous torturait et ne nous laissait pas attendre jusqu'au retour à la maison; on attaquait les petits chariots des camelots qui vendaient des "churros al chocolate" (espèce de beignets tout croustillants avec du chocolat liquide dessus) ou, alors, encore plus tard, à l'aube, nous allions dans les derniers bistrots ouverts -ou les premiers qui ouvraient- pour prendre un "caldo de gallina y picatostes" (bouillon de poule aux croûtons) et, évidemment, nous profitions pour boire "el penúltimo", c'est à dire, "l'avant-dernier" (les Espagnols ne disent jamais "boire le dernier", parce que le "dernier" se boit uniquement avant de mourir).

alcazarParmi les premiers amis que je m'étais faits, il y avait le professeur Agustín Herrero, d'un niveau assez élevé, ce qui facilitait l'échange de points de vue. Je connaissais déjà l'histoire de l'Alcazar, le palais où les Rois Catholiques, Ferdinand et Isabelle (oui, ceux-là mêmes qui avaient financé les voyages de Christophe Colomb) avaient célébré leurs noces, où ils passaient leurs vacances en été, vers les années 1500, sur cette immense terrasse triangulaire, pointue qui, vue depuis la vieille auberge au pied de l'énorme construction, donnait l'impression d'une proue de caravelle, en pleine mer, alors que  c'était la confluence de deux fleuves, le Rio Eresma et le Rio Clamores ...

Vera_Cruz_SegoviaCe que je ne connaissais pas c'était une construction circulaire, en pierre blanchâtre, sans fenêtres, bien loin dans la plaine, qu'il me montra du haut de l'Alcazar, lors de notre première visite, en me demandant: "Sabes qué es?"  Comme je n'avais jamais vu un édifice pareil, il a continué: "Es la Antigua Torre de la Vera Cruz. No conoces los Templarios?"  Alors là, évidemment, j'en avais lu l'histoire: les Croisés, les Chevaliers du Temple de Jérusalem, de Saint Jean de Malte et de leur Grand Maître Villehardouin, à Rhodes, les Templiers ... qui, 2-3 siècles après leur condamnation sous le Pape Clément et le roi Philippe le Bel, ils s'étaient incorporés à un très haut degré de la Franc-Maçonnerie, tout comme  les Rose-Croix ... (sans pouvoir m'imaginer que, une quinzaine d'années plus tard, moi même j'en ferais partie). Mais, à l'époque, je n'en avais qu'une notion floue et lexicographique.  J'avais même visité le Carré du Temple à Paris, mais ça n'avait rien à voir. Le prof avait même commencé à me parler de ... Opus Dei, insinuant que notre ami Gerardo, républicain et socialiste, fuyait l'Espagne à cause du dictateur Franco et de cette secte fanatique.  gustavo_adolfo_becquerIl m'avait aussi parlé d'un de ses poètes favoris du début du XIXe siècle: Gustavo Adolfo Bécquer, absolument surpris de voir que j'avais la tête même du poète. Jusqu'au jour où il m'a montré son portrait dans un vieux dictionnaire ... et j'en étais resté bouche bée.

Souvent Antonio, le plus vieux, devait aller à Madrid pour ses affaires. Juan, le plus jeune, étudiait. Alors, j’en profitais pour sortir me promener avec Mari-Carmen. Une fille superbe... Elle avait la peau blanche, du pur albâtre, les cheveux noirs comme de l'ébène, les yeux plus verts que des émeraudes, le nez presque aquilin, typiquement ibérique, les aisselles sans épiler (comme c'était la mode et comme je les adore toujours depuis) et son parfum fantastique, presque naturel, qui rappelait une odeur de forêt humide... Évidemment, nous n'allions pas aux fameux "monuments" mais à des thés dansants innocents dans une boîte ostensiblement appelée "Las Vegas". C'est avec elle que j'ai appris à danser le traditionnel "paso-doble" et le populaire "chotis".
JardinillosdeSanRoque2Quelques soirs nous allions aux "Jardinillos de San Roque", une boîte plus tellement innocente, mais dangereuse parce qu'il y avait le risque de rencontrer des amis et des personnes connues. C'est à cause de cela qu'elle m'a montré  pas trop loin de la ville, "Aranjuez", un petit bois très peu fréquenté, idéal, absolument calme et parfaitement bucolique...(une miniature du fameux "Aranjuez" de Madrid). Nous y allions toutes les fois que nous le pouvions et c'est peut être à cause de cela que j'avais fini par identifier les odeurs de son corps avec celles de la nature. C'est comme ça que j'ai appris à parler d'amour en espagnol ... sans savoir -évidemment- que deux de mes futures épouses auraient l'espagnol comme langue maternelle.

Au bout de mes deux premiers mois de séjour à Ségovie, j'étais follement amoureux non seulement de Mari-Carmen mais aussi de la ville. Au point que, pendant longtemps, j'y retournais tous les ans, visiter cette famille qui était devenue presque la mienne. Mari-Carmen s'était mariée avec Carlos, un Catalan, ami d'Antonio, qui l'avait emmenée à Tarragone. Pendant l'un de ces voyages rapides que je faisais à Ségovie, j'étais arrivé le jour de l'enterrement de Don Valeriano. Gerardo était à Paris. Juan faisait son service militaire. Antonio, pour changer, était ivre. Moi, je fus le fils que Doña Agripina n'avait pas eu pour l'accompagner ce jour-là...

Ségovie, pendant des années n'arrêtait pas de me fasciner. J'y avais même emmené deux fois ma première femme, la bolivienne Juanita, en 1967 et 1968, avant la fin de nos études à la Sorbonne, mais ça c'est encore le sujet d'un autre chapitre.

Il était temps de partir. Dès mon arrivée à Madrid, ayant peur de dépenser tout mon argent, j'avais acheté un billet Gibraltar-Patras, sur le transatlantique italien "Vulcania" qui venait de New York. Toutes mes autres visites en Espagne, spécialement à Grenade, en Andalousie, la traversée de la Méditerranée à bord de ce luxueux paquebot, les trois mois de séjour de Gerardo en Grèce, sa mort  quelques années plus tard, dans la ville de El Vendrell de Tarragona, en Catalogne, feront un autre chapitre (plus ou moins triste) de ma vie .

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07 décembre 2006

LA CUITE, 1957 (DinoLeGrec) ©

Juste pour le plaisir en attendant le prochain "13 à la douzaine", voici un  texte autobiographique écrit par Dino. Qui ne se souvient pas de ces instants volés à notre adolescence? Qui ne se souvient pas de sa première cuite ?  Vous pouvez également nous envoyer des tranches de votre vie, nous les publierons ici comme de petits entractes acidulés, de petites douceurs...



paradissos"Finalement, nous étions sortis du petit appartement du centre d'Athènes. Mes parents avaient réussi à acheter une villa à Parâdissos (un vrai Paradis à l'époque), avec une forêt de pins juste en face, pour mes balades solitaires...

La maison était si grande que je m'étais attribué "manu militari" un petit sous-sol, ancien dépôt ou chambre de bonne, 2x3m, indépendant du reste de la maison, et dont l'unique clé restait en mon pouvoir. Sans fenêtres, ses seuls meubles étaient un lit de camp, deux chaises et une petite table. Avec mon inséparable ami Yorgos Pantos, qui était une espèce de cousin par alliance et que tout le monde dans la famille appelait Bouby, nous avions baptisé notre cachot "Maracaibo", en honneur aux vieux corsaires de la Mer des Caraïbes qui excitaient encore notre imagination d'adolescents.

Nous y avions emménagé mes ...biens, à savoir : radio, tourne-disques, disques (Elvis, Bill Haley, Platters, mais aussi, Édith Piaf, Patachou et autres), mes livres, mes revues et, surtout, les photos et affiches de Brigitte Bardot presque à poil...

Sur les murs, des graffiti apocryphes ou obscènes, des têtes de mort, etc... Le plafond était tout tapissé de paquets de cigarettes, soi disant pour insonoriser. Une décoration de première classe, quoi!

L'entrée au "Maracaibo" étant interdite pour tout le monde, on s'y enfermait avec Bouby, pour fumer, écouter de la musique, boire un verre de "ouzo" ou de "rétsîna" qu'on dérobait de l'étagère de mon père, et parler de...quoi d'autre? Gonzesses!

Un jour, on a décidé d'organiser une boum différente de celles que nous faisions, d'habitude, chez moi: non seulement de la limonade pour les filles et du simple picrate pour nous, mais avec de vraies boissons cette fois-ci. Nous avions commencé, donc, à rassembler toute sorte de tord-boyaux que nous pouvions acheter avec notre argent de poche ou avec le fric que nous gagnions en jouant au baby-foot et au billard.

Quand tout était prêt, on s'était enfermé avec Bouby, vers 3 heures de l'après-midi, pour faire la liste des personnes que nous allions inviter. On a mis de la musique, on a allumé des sèches et on a ouvert une bouteille de cognac-bidon pour fêter l'événement. Mais il était si fort qu'on a pensé le mélanger avec quelque chose de plus léger...liqueur à la banane: Allez, mon vieux, à la nôtre!


Quelles filles devraient venir? Sophia M. (qui rêvait de devenir artiste), Maria G.(qui voulait être prof), Anthi P. (alias, Couche-Toi-Là), Boubou V. (qui voulait apprendre le français)  et surtout  Roula K., mon grand amour platonique (qui l'est toujours, d'ailleurs). Mais le whisky descendait bien mieux que cet affreux mélange: Allez, mon pote, tchin-tchin!

Surtout, ne pas oublier de dire à Mario T. (qui, plus tard, deviendrait le grand DJ) d'amener ses disques de musique exotique...Si nous avions des olives bien salées pour accompagner notre "ouzo", ça irait mieux, mais tant pis, pas besoin ... Allez, salut!

Nous pourrions inviter aussi Kostas K. (alias, "Le Péquenod") qui ne dansait pas le "rock'n'roll" mais seulement le "tsâmiko" et ne buvait que du "rétsîna", mais, enfin... Quoi? Du vin résiné, tu dis? Mais nous en avons ici! À la tienne, mon vieux!

Michel F. (le futur journaliste et écrivain) qui aidait tout le monde avec les rédactions et le gros Thanos M. (alias, "Le Pétard", parce qu'il racontait des histoires drôles en lâchant un pet à chaque phrase) aimaient la vodka pure ou avec de la menthe: Salut!

Celui qui ne pouvait pas s'absenter était mon grand copain Georges P., pour nos 400 coups de tous les jours (futur metteur en scène dont je traduirais les films, plusieurs années plus tard,  pour les festivals internationaux) ...Bref, la liste étant prête, on devait fêter ça: Allez, un cocktail avec les restes de toutes les bouteilles ...Oups! Hip! Santé! "All the best!"

Vers 7 heures du soir nous ne savions plus ce que nous disions, nous avions fumé trois paquets de cigarettes, enfermés dans notre oubliette immonde, et de toute notre ... "cave" il ne restait qu'un fond de bouteille de liqueur à la banane...

Le pauvre Bouby avait essayé d'arriver chez lui, mais des voisins l'avaient trouvé ivre mort devant leur porte, lui avaient donné du café, mais ils avaient dû l'emmener à l'hôpital pour des piqûres de glucose...

Moi, étant chez moi et ayant eu la chance de vomir tout ce que j'avais dans les tripes, j'étais aller me coucher alléguant un simple mal de tête. Pourtant, mon père avait tout compris. Ma punition: Il m'a confisqué la clé du "Maracaibo" et m'a obligé à aller le lendemain à l'école normalement, ne voulant rien savoir de ma gueule de bois.

Pendant ces derniers 50 ans, plusieurs fois je me suis trouvé un peu ... rond, ou avec un petit coup dans le nez ...mais la première et dernière vraie grande cuite de ma vie je l'ai prise à ... "Maracaibo". Et quoique je n'ai jamais arrêté de boire souvent de la bière, du vin, de la vodka, etc., la liqueur à la banane me donne toujours envie de vomir.

PS. N'empêche, 15 jours après, la boum avait eu lieu, avec rien que de la limonade pour tout le monde. Le "Maracaibo" me serait interdit à jamais, mais à la fin des années '60, en passant par le Venezuela, j'ai visité le vrai Maracaibo où, en hommage à la Mer des Caraïbes et en souvenir de cette mémorable cuite en Grèce, je n'ai bu que du rhum coca..."

DINOLEGREC

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01 novembre 2006

Été, 1962 (DinoLeGrec) ©

heidelbergJ'habitais Heidelberg, où j'avais appris l'allemand. Mais des Teutons, je n'aimais que la bière, la musique érudite et quelques philosophes.
Mon affaire à moi, c'était la France, Paris ... Je suis parti en stop avec un ami, un aventurier, Ángel O R, Basque-Espagnol,
ex-séminariste, ex-toréro, gigolo de dames âgées...
En arrivant à Paris, presque complètement fauchés, mon compagnon d'autoroute n'a pas tenu le coup, il était devenu bourgeois, il lui manquait le bien-être que lui offraient ses conquêtes ridées et il prit le chemin du retour... Moi, je voulais attendre Janine L. rentrer de ses vacances à Cavalaire-sur-Mer, Côte d'Azur, où son père avait une maison de vacances sur la plage. Je l'avais connue justement à Heidelberg, où elle faisait semblant d'étudier... Mes derniers sous c'était pour boire, je ne sentais même plus la faim...

LE_DOMEC'était au "Dôme", bd Montparnasse, Métro Vavin, que je torturais un ballon de rouge (pour faire durer), en écrivant ... quoi d'autre? Des poèmes! J'avais 20 ans, quoi!

Dans un omnipotent silence, méconnu,
je crée chaque éternité qui vit en moi.
Dans une suprême extase, abandonné,
je contemple chaque pensée en moi.
Dans une douleur énorme, aveugle,
je sens chaque instant glisser en moi...
Moi, qui suis déjà l'Horreur...

HIPPIEJ'ai senti que quelqu'un lisait par dessus mon épaule. Une fille. Le genre qu'on trouvait à l'époque partout dans le Quartier Latin. Genre "hippie".
-C'est joli...Tu écris souvent?
-Ça dépend, quand j'ai des clopes et du vin...
-J'ai tout ce qu'il faut. Tu permets?
Elle s'est assise, elle a commandé du vin et a pris un paquet de gauloises dans son sac, plus deux feuilles qu'elle m'a demandé de lire:

Pour écrire un poème,
j'ai traversé toutes les villes, les cafés, les boutiques...
mais ces sorcières là, avec leurs boniments métalliques...
m'ont tout promis et ne m'ont rien donné.

Pour écrire un poème,

j'ai adoré toutes les idées, les clochers, les marxistes...
mais ces menteurs là, avec leurs béquilles élastiques...
m'ont tout promis et ne m'ont rien donné.

Pour écrire un poème,
j'ai fouillé tout mon passé, mes peines, mes espérances...
mais ce mesquin là, avec son air de cadavre
m'a tout repris et ne m'a rien laissé.

Pour écrire un poème,
j'ai inventé ta vie et ton amour
et suis venue toute nue à toi, vierge par ma nudité...
Tes bras ouverts ont écrit mon poème...magique.


ledome2Après deux litres de rouge et deux paquets de Gauloises, Françoise G., la "hippie" m'a emmené au 20, de la rue Delambre, juste derrière le "Dôme", dans l'appartement de son amie Claude C., qui était partie en vacances
et lui avait laissé les clés pour toutes les fois qu'elle "monterait" à Paris...
Pendant presque deux semaines, j'ai vécu un joli rêve avec Françoise, à lire  et écrire de la poésie, à écouter de la bonne musique, à fumer des Gauloises, à manger des baguettes et du camembert, à boire du Beaujolais, à faire l'amour...
Françoise est partie, j'ai gardé quelques uns des ses poèmes, je ne l'ai plus jamais revue et je n'ai jamais connu son amie.
L'extraordinaire coïncidence est que cet appartement se trouvait à l'angle avec le 2, du square Delambre où, plus tard, j'allais vivre pendant 2 ans avec  Janine L...
Mais ça c'est une autre histoire...

DINO

Posté par Christine_ à 00:06 - DINO ses écrits personnels - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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