Autour des mots

Joue, jouons, jouez

10 novembre 2007

Idéalime (Christine)

homo_sapiensZones, bandes, clans, groupements, religions, autant de divisions dans la noosphère de l’homo sapiens qui ne descendrait pas du singe comme pourrait nous le faire croire l’anthropologie physique. En effet, ce serait Eve elle-même, ou son palindrome evE, qui aurait mis au monde ces créatures taciturnes.

Certaines d’entre elles sont atteintes d’un syndrome inquiétant :  la fainéantise. Aucun baume, aucune pénitence ne semble efficace contre cela. Il n’empêche que sans être en possession de cet élément consomptible que sont les allumettes, l’homo sapiens savait quand même en des temps lointains, faire jaillir la flamme avec ses mains. Aurions-nous régressé ?

On peut aussi espérer que dans un avenir proche la vanité de cette espèce sera remplacée par une empathie pouvant mener à l’irénisme. La télépathie n’étant pas encore une science prouvée, l’homme devra faire des efforts pour comprendre son prochain. 

Christine

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29 septembre 2007

Rupture

gants

"Je t'avais pourtant prévenu, la vie ne fait pas que des cadeaux..." me dit-elle en enfilant doucement ses gants roses, brodés aux poignets de fines fleurs colorées. Mes yeux restaient figés sur ce geste banal. Ces gants, ses gants qui n’étaient plus tous jeunes et qui avaient une histoire, son histoire, notre histoire.

Je les lui avait offerts lors de nos fiançailles, elle les avait adorés et ne s’en était plus jamais séparés. Ce geste qu’elle faisait machinalement devant moi en disait plus long que ses paroles. Elle me quittait et en même temps elle me narguait, lentement, croisant méticuleusement ses mains, entrelaçant ses doigts pour que les gants les épousent parfaitement. Notre relation avait durée moins longtemps que ces magnifiques gants de cuir. Quelques années auront suffit à anéantir notre passion, mais le rose de ses gants était presque intact, même si le bout des doigts était témoin de bien des aventures.

Oui, elle m’avait prévenu, mais je n’avais pas prêté attention à ses plaintes de me voir si peu souvent, je n’avais pas fait attention, je n’avais pas voulu entendre. Mon travail, ma carrière était ce qui comptait. Elle, elle était ma femme, acquise me semblait-il, ma chose, toujours là, présente, à l’écoute. Elle m’écoutait mais moi je n’écoutais que moi, mes problèmes, mon égo.

Elle me tourna alors le dos, et je vis ses mains gantées se poser sur sa valise et disparaître.

Je restais là, prostré, du rose plein les yeux, incapable de la retenir…

Christine

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25 avril 2007

Pause pour une pose (Christine)

Nu"« Ecoute, soit tu acceptes, soit tu refuses, il n’y a pas une kyrielle de solutions ! ». C’était un ultimatum de sa part. J’hésitais beaucoup à poser nue pour ce peintre. Il est vrai que ma vertu n’en prendrait pas ombrage, c’était juste une pose, banale pour un peintre de talent. Bien qu’il soit un sybarite connu et reconnu, j’avais toute confiance et malgré cela j’hésitais encore… pourquoi ?

Je planais dans le labyrinthe de mes réflexions en me demandant si finalement je ne faisais pas du misonéisme en refusant cette proposition car finalement cette situation serait une innovation dans mon cadre de vie habituel. Poser NUE pour un homme, qui va observer jusqu’au moindre défaut de mon corps… c’est presque un pléonasme car, dans mon esprit, mon corps est un défaut à lui seul. Il est vrai que je ne ressemble pas pour autant à une chimère. J’acceptais, non sans me demander comment je me trouverais, assise là, devant son regard.

Allongée comme une déesse sur un voile de satin, laissant aller mes formes au gré de la lumière qu’il dirigeait vers moi, je posais… et posais encore durant des heures. Je devinais du coin de l’œil ses pinceaux frétiller sur la toile et son regard… LE regard du peintre.

Dans la pause qu’il m’avait demandée de prendre je me sentais comme une vierge demandant l’absolution de ses pêchers, regardant vers le plafond avec une totale béatitude. Il m’était difficile de rester en place, immobile durant des heures et lorsque mes lèvres esquissaient ne serait-ce que le souffle d’un mot, il me répondait « Tais-toi-et-chante ! ».

Le tableau fut terminé mais je n’avais pas l’autorisation de le voir. Même un stage à l’école des proculiens n’aurait pas changé son avis, "Ce tableau m’appartiens et tu ne le verras que lorsque j’en déciderais".

Lors du vernissage, enfin, mes yeux découvrir l’œuvre dont j’étais la source. Ce fut avec une surprise non dissimulée que je vis de nombreuses personnes se presser devant le tableau et le couvrir de compliments, l’observant presque à la loupe… Je me sentais mal, comme si toutes ces pupilles me regardaient... nue…

Il s’approcha alors de moi et, dans une étreinte presque amoureuse, me murmura à l’oreille, "c’est gagné, ton corps est devenu une œuvre immortelle… "

Christine


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25 mars 2007

Brainstorming mythique (Christine)

   Van Gogh "Nuits d'étoiles sur le Rone"Van_Gogh_Nuit_d_etoiles_sur_le_Rone
Khermès
venait de quitter la magnifique Shivas, avec qui il avait bu plus que de raison et décidait de venir se désaltérer dans le courant d’une onde pure, non pas par soif mais pour faire passer cette migraine que lui avait donné la belle.

La rivière coulait, limpide, à ses pieds. Son regard fut attiré par la transparence de l’eau mais plus encore par ces paillettes qui scintillaient à la surface et semblaient descendre le courant. Il remonta jusqu’à ce qui lui semblait être la source de ces brillants et aperçu Alone, assise sur le haut de la colline et pleurant toutes les larmes de son corps. Chacune de ses larmes était un diamant. Il lui demanda alors la cause de son tourment et elle lui répondit dans un sanglot que chaque larme représente un cœur solitaire qui l’appelle à l’aide. Que faire, c’est trop de travail pour elle seule. Il lui proposa d’appeler Affreudite à son secours. Elle donnera aux laids une beauté sublime qui leur permettra de trouver l’âme sœur. Elle trouva l'idée intéressante.

Pendant ce temps Arte-miss feuilletait  sa revue télé 1000 jours, égrainant un à un les programmes proposés. De son doigt magique, elle retouchait tout ce qui ne lui convenait pas et changeait un feuilleton amerloque en message culturel bien ennuyeux. Ce dont elle ne s’apercevait pas, c’est que de moins en moins d’humains regardaient la télé. D’où, l’ire de Jew-Peter qui voyait les actions des chaînes baisser dangereusement. Après renseignements pris auprès de Crédagricos, il décida de convoquer en urgence Baccara, Artiste et Vaudouédonkornikar afin de les amener à réfléchir sur une solution de jeux culturels qui intéresseraient les humains. La séance de réflexion fut longue et difficile, mais le résultat allait au delà de ses espérances. C’est ainsi que les trois dieux proposèrent "Autourdesmots", une émission sympa alliant jeu et culture. Alone fut heureuse de cette décision car cette émission révolutionnaire regroupait également des célibataires dont elle n’aurait pas à porter les larmes. Tous les dieux réunis, firent la fête autour de Shivas et Khermès, et au travers des nuages, on pouvait apercevoir dix nouvelles étoiles qui brillaient de milles feux.

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25 février 2007

Nuit d'ivresse (Christine)

femme_nue_drapA son réveil, tout semblait si différent. Elle avait l’impression de s’être fait baiser en profondeur par ce mec libidineux qui se trouvait à côté d’elle, sous les mêmes draps, dans le même lit.   Elle avait une terrible envie de se gratter la peau, là en bas, sous le triangle tant convoité par les hommes. Ses lèvres étaient sèches. Elle se lève telle une nymphe s’enroulant dans son drap de satin et laissant le corps à nu de cet olibrius dont elle ne se rappelait même plus le prénom.  Dans la cuisine, elle se sert un verre d’eau et caresse sa chatte au passage lorsqu’elle entend une voix venant de la chambre :

- Hummm encore une petite sucette ?

- Des clous ! T’as profité hier soir,  maintenant t’as plus qu’à te faire un solo…

- Ben qu’est-ce qui t’arrives ma beauté ?

- Il m’arrive que j’étais trop bourrée hier pour m’apercevoir que tu as le sexe appeal de mister Pan, tu connais, celui qui sent le bouc ? Et je ne m'appelle pas Séléné pour me laisser séduire même si tu m'offres un steack de boeuf blanc  !

- hé ! Tu ne disais pas ça cette nuit, t’as pris ton pied non ?

- Si tu ne quittes pas immédiatement ma piaule c’est dans ton cul que tu vas le prendre mon pied !

Le zigoto, conscient d’avoir un peu abusé de la situation la nuit précédente se rhabilla et ripa les galoches sans mots dire...

Elle entend la porte se refermer. Ce maudit blues s'empare à nouveau d'elle. Elle se dirige alors vers sa chaîne, appuit sur play et reprend son calme en écoutant "Night in white satin", ses yeux se ferment  doucement, ses lèvres s'entrouvent pour fredonner cet air qu'elle connait si bien ...


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16 février 2007

Hommage...

Hommage à IceTea
qui ce matin nous a quittés,
brutalement,
nous laissant sans voix
vides de sa tendresse
et de son affection

chat_002_edited

 

Le Chat

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l'entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C'est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre,
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort tous les cruels maux
Et contient toutes les extases;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n'a pas besoin de mots.

Non, il n'est pas d'archer qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout es, comme un ange,
Aussi subtil qu'harmonieux!

- De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
Caressée une fois, rien qu'une.

C'est l'esprit familier du lieu;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime
Tirées comme un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

C.Baudelaire - Les Fleurs du Mal

 

 

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Adieu IceTea...

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14 février 2007

Soirée mouvementée (Christine)

pare_brise2La route défile devant moi dans le halo de mes phares. Il pleut, il fait nuit, les essuie-glaces gémissent sur le pare-brise à chacun de leurs aller et retour. La cybernétique permettra peut-être un jour aux véhicules de se conduire seuls mais pour l’instant je suis cramponnée à mon volant, évitant les énormes flaques d’eau qui envahissent l’asphalte.

Et c’est dans cet enfer du conducteur moyen que je me livre à un soliloque endiablé. Je repasse dans ma tête le discours que j’aurais à tenir demain. C’est une véritable polylogie cérébrale, menée par moi-même, comme si je me trouvais dans la peau d’un choryphée qui devrait faire respecter sa didascale à un jeune élève. Je réfléchie et je m’égare, puis je reviens et mes idées s’enchaînent, s’enchevêtrent, se déchaînent. Où en étais-je ? Le discours ? Les courses ? les badges ? Les consignes à la secrétaire ? Pfff je ne sais plus. Les pleins phares ? Y veut quoi ce type en face ? Ouppssss mes phares… bon, je me calme et je reprends. J’allume une cigarette bien que j’en connaisse les effets délétères mais il paraît que fumer rend plus intelligent durant quelques minutes…la belle excuse que voilà… De Vinci fumait peut-être en peignant la Joconde ?

Mais j’en étais où de mon baragouin ? J’assiste, impuissante à une « diaspora » de mes neurones qui semblent se disperser à l’intérieur de mon cerveau fatigué. On peut dire que je touche le fond, dans une aboulie mentale totale, au nadir de mes capacités intellectuelles.

Je hais l’homme qui m’a obligée à préparer cette conférence sur la biosphère. Oui, j’aime les plantes et les animaux mais de là à discourir durant une heure devant une assemblée de cent personnes, ce n’est pas du même acabit. Je pourrais commencer par l’eschatologie et l’histoire est finie. Comme cette histoire que me racontait ma mère «Il était une fois un roi et une reine qui étaient si petits, si petits, si petits que l’histoire est finie».

Un paparazzo ? Mais non guenille, c’est un radar qui vient de te flasher… C’est bien ma veine… Il ne me manquait plus que ça et me voila, tentant de reprendre tous mes esprits, alors qu’un signal lumineux balayant la route, me fait signe de me garer…

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20 janvier 2007

Le bavard (Christine)

Je me trouvais devant mon miroir lorsqu’une sensation bizarre m’envahit soudain. Je cherchais mes mots pour expliquer cela. Je levais les yeux vers mon reflet et y voyais une femme, une belle femme blonde, l’air un peu naïf, un peu hautain aussi, un peu intellectuel lorsqu’elle chausse ses lunettes C.h.a.n.e.l derrière lesquelles se cachent des yeux délicatement maquillés. Tout à coup une lumière m’aveugla, ma tête tournait, tout s’estompait autour de moi comme aspiré par un tourbillon et ce fut le noir, le noir total, fatal ?

Non, tout est blanc dans cette pièce que je ne connais pas…Une femme s’approche ressemblant plus à une pétroleuse qu’à une palotte, avec son pétard sur la tête. Mais que m’arrivait-il ? Quelle était donc cette langue qu’utilisait ma pensée. Une palotte ? Ben c’est une infirmière mais je ne le savais pas avant… J’essayais d’ouvrir la bouche et m’adressait à cette femme en blanc : « C’est quand qu’on jaffe dans c’te tôle ? » oupss … je ne trouve plus mes mots comme si quelqu’un m’obligeait à barmailler. Je me sens les quilles en marmelade, il faut que je me rendorme, que la lumière revienne me rendre mon reflet, celui qui est moi. La porte s’ouvre et un toubib fait son apparition. Il porte aux pieds des tatanes en papier de la même couleur que son valseur. C’est quoi ce zig, qu’est-ce qu’il me veut lui aussi ? J’ose pas l’ouvrir vu ce qu’il risque d’en sortir :

        - ben restez pas près de la lourde, vous attendez qu’elle vous claque le ciboulot en s'refermant ?».

Il lève les sourcils en entendant ce qui sort de ma bonbonnière, ce qui lui donne encore plus l’air d’un                 plouc, le pauvre…

- Comment se porte notre malade aujourd’hui ?

- Elle vivote, chui où là ? Et c’est quoi la raison qui vous pousse à ramener votre barbaque jusqu’à mon lit.. euuuh pardon… docteur ?

- Et bien très chère madame, vous vous être écroulée dans votre salle de bain et votre loufiat, si je puis me permettre cette expression que vous apprécierez probablement, nous a bigophoné. 

- Et ?

- Il nous a cependant précisé qu’avant son arrivée, il semble qu’un homme se soit introduit dans votre bicoque et qu’il ait baluchonné votre intérieur ne laissant qu’un larfouillet complètement vide. Parti avec votre pognon le blanquier ! 

- Ah bon ? Je suis comme un pigeon qui s’est fait plumer, docteur ?  j’ai pris un coup sur la cafetière? C’était donc ça la calbombe qu’a éclairé ma lanterne ?

- Pour sûr, et il vous a pas loupé ce saloupiau. Il semble qu’il vous ait frappé avec un bavard. Tenez, regardez, c’est votre larbin qui nous l’a refilé. Il y a encore votre vermeil sur la couverture.

- Ah ben je comprends tout dans le coffrage de ma boîte à couenneries… et apparemment c’est contagieux, docteur, lui rétorquais-je, derrière une risette … C'était donc ça ? 



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06 janvier 2007

Le placard de l'Avare (Christine)

placardVALERE
Hé quoi ? Charmante Elise, vous devenez mesquine, après les obligeantes assurances que vous avez eu la bonté de me donner de votre placard ? Je vous vois sceptique, hélas ! Au milieu de ma joie. Est-ce du regret, dites-moi, de m'avoir fait heureux, et vous repentez-vous de cette offrande où mes sollicitations ont pu vous contraindre ?

ELISE
Non, Valère, je ne puis pas me repentir de tout ce que je fais pour vous. Je m'y sens obligée par une trop douce puissance, et je n'ai pas même la force de souhaiter que les choses ne fussent pas.
Mais, à vous dire vrai, le succès me donne de l'orgueil, et je crains fort de vous aimer un peu plus que je ne devrais.

VALERE
Hé ! Que pouvez-vous craindre, Elise, dans les charités que vous avez pour moi?

ELISE
Hélas! cent choses à la fois : la surveillance d'un père, les reproches d'une famille, les doléances du monde ; mais plus que tout, Valère, le changement de votre cœur, et cette froideur criminelle dont ceux de votre catégorie payent le plus souvent les témoignages trop ardents d'une innocente pitance.

VALERE
Ah! Ne me faites pas ce tort de juger de moi par les autres. Soupçonnez-moi de tout, Elise, plutôt que de manquer à ce que je vous réclame. Je vous aime trop pour cela, et mon amour pour vous durera autant que ma vie.

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01 décembre 2006

Dernier baiser (Christine)

Il me donna un baiser d’adieu et je le vis s’éloigner vers le portail. Je me retournais, offrant mon dos à son dernier regard si regard il y avait, fermant définitivement la porte à quatre années de vie commune. Mes yeux, à force d’avoir pleurés, ressemblaient à ceux d’un lapin atteint de myxomatose.

Je me retrouvais seule dans cette grande maison que je regardais comme si une énorme déhiscence en avait ouvert les murs. Lui et moi, tout cela n’existait plus. Nous étions devenus des antonymes l’un pour l’autre. Tout nous opposait, de la manière de vivre à la façon de penser. Je sortis alors faire un tour dans mon jardin et m’allongeait sur l’herbe fraîche, offrant mon visage à ses caresses.

Je repensais à nos derniers instants. Ses derniers dithyrambes qui n’eurent aucun effet sur moi. Il n’a pas sur m’aimer comme je l’espérais alors qu'à l'instant ou je me détournais, il était capable de me sortir de son chapeau tous les mots et les gestes que j'étais en droit d'attendre depuis quatre ans. 

Je me rappelle alors notre promenade dans un sous-bois. Il savait que j’adorais le contact des feuilles mortes et des racines des grands sapins sous mes pas et profita de ces instants de plénitude pour m’asséner un coup bas alors que je pensais à ce type qui m'avait une jour enseigné l'anthroposophie au moment où mon être se rapprochait de cette terre, de son odeur, de ses bruits. Comme une amazone, je faisais corps avec ce qui m’entourait. Un plaisir à nul autre pareil m’envahissait soudainement me sentant toute petite au milieu de ces arbres, de cette verdure bienfaitrice.

Il choisi ce moment pour m’annoncer qu’il aimait une autre femme. Nous étions subitement deux dans sa vie. Je n’étais plus la préférée, celle qui avait le rôle principal. Une envie frénétique de cyphonisme m’envahie soudain. J’aurais apprécié de le voir se faire bouffer par toute la faune de cette forêt. Il me sortit alors toute une ribambelle de mots d’amour qui ressemblaient plus à de la chalcopyrite qu’à de l’or en barre. Rien n’aurait pu m’empêcher de penser qu’il utilisait là un système de taxinomie associée aux mots d’amour, travaillée, étudiée, apprise par cœur comme pour se justifier, se déculpabiliser de cette trahison. Le pauvre ! Il se faisait passer pour une victime alors qu’il était le bourreau.

Mais toutes ces confidences ne mènent à rien, l’histoire s’arrête là je reste avec tous mes rêves dessinés, ruptureimaginés sous le bras et je n’ai qu’une seule envie dans l’immédiat, c’est de rester allongée là et ne rien faire. Une terrible envie de farniente m’envahie tout à coup comme si lever le petit doigt devenait une épreuve insurmontable. Mon corps était devenu rigide, prisonnier de ces herbes, sans mouvement possible tant mon esprit était anéanti.

Christine


Mots obligaroires "13 à la douzaine" n° 4

 

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