Autour des mots

Joue, jouons, jouez

27 novembre 2006

TANGO (Bénédicte)

blonde La femme ondulait dans sa robe légère qui scultait son corps mince et élancé. Gracieusement elle avançait dans le couloir de la grande demeure. Ses cheveux étaient élégamment remontés en un savant chignon, sa bouche peinte exprimait une tristesse contenue. Les talons de ses chaussures étaient si haut, qu’ils ne semblaient jamais finir. Elle s’arrêta un instant devant un tableau accroché à une cimaise de ce couloir. Le tableau l’emmena alors dans un rêve. Tel le couple de ce tableau elle dansait fièrement un tango, ensérrée dans des bras puissants d’un homme dont elle sentait le souffle chaud sur son cou. Le temps d’un rêve, elle savourait ce moment où ses sens exacerbés, la transportaient loin de sa tristesse. Elle ferma les yeux afin de mieux sentir la main de cet homme sur son dos, elle pouvait imaginer la chaleur qui la parcourait. Elle se mit alors à danser avec ce partenaire imaginaire.

 

Lorsque l’homme arriva au bout du couloir, il la contempla danser ainsi n’osant plus avancer pour ne pas briser cet instant. Il y avait bien longtemps qu’il ne l’avait vu ainsi loin de sa tristesse. Un drame avait secoué leur famille et avait laissé une marque indélibile. La tristesse avait engourdi cette femme jadis si riante et les séances de gélothérapie auxquelles ils s’étaient inscrit n’y faisait rien. La douleur sourde et tenace avait empêcher l’égrégore d’accomplir son travail. Le regard de l’homme se détourna un moment de la femme et se posa sur les tableaux accrochés ici puis sur le compendium qu’il avait chiné lors d’un voyage. Dedans, elle avait regroupé des souvenirs de l’enfant, des photos, des objets lui ayant appartenus. Il soupira et se secoua pour ne pas laisser sa tristesse à lui l’envahir. Il laissa son livre tomber, celui-ci s’ouvrit. En le ramassant, il lut le mot « paradigme » , des mots, ils n’avaient su les trouver encore pour affronter ensemble cette année, et parfois ils semblaient que leurs mots les éloignaient. Tournant au hasard les pages, il lut « didascalie ». Il ferma les yeux un moment pour laisser les mots le pénêtrer . Il pensa que le livre lui indiquait peut être une idée pour dialoguer avec la femme qui dansait devant lui. Passionnés de théatre, ensemble, ils avaient souvent joué des scènes qu’ils affectionnaient particulièrement. Lorsqu’il ouvrit les yeux, l’espoir était né, l’idée de se servir de cette passion commune avait germé.

 

L’homme avança vers la femme qui dansait et doucement il posa sa main sur son épaule. Elle frémit et le regarda avec un regard doux encore rêveur. Il serra sa main un peu plus fort et elle posa la sienne sur cette main d’homme. Elle sentit la chaleur rêvée un instant plus tôt la parcourir. Elle posa sa joue contre leurs mains et sourit. Ils restèrent ainsi sans parler juste à savourer ce contact tendre.

 

Ils marchèrent ensuite ensemble et sortirent de la demeure calme. Ils étaient convié au jardin botanique, on y fêtait un arbre, la fierté du jardin un magnifique ginkgo. L’air léger et joyeux de cette journée doucement ensoleillée les réchauffa. Lorsqu’ils rejoignirent les autres convives, ils oublièrent un peu leur tristesse, ils conversèrent avec la plupart puis marchèrent la main dans la main dans les allées du jardin. Ils s’arrêtèrent pour observer un magnifique chat, vibrisses en alerte, phéromones agitées, faire sa cour à une jolie minette aux yeux adamantins. Ce spectacle simple de la nature les réconforta. Ils continuèrent leur balade puis fatigués, ils s’installèrent au pied d’un magnifique arbre. Il s’allongea sur l’herbe, elle posa sa tête sur sa poitrine délicatement. Ils parlèrent longtemps. Des mots longtemps tus mélangés aux mots magiques « je t’aime ».

 

Emus, ils se turent pour contempler le ciel et les oiseaux virevolter. Parmi eux, ils leur semblaient qu’un oiseau leur souriait. Un oiseau un peu différent des autres. Elle se redressa surprise. L’homme et la femme le scrutait, l’oiseau s’approcha encore un peu. Avec beaucoup d’émotion, ils reconnurent l’oiseau-pihi. Il venait sceller ce jour où l’homme et la femme s’étaient enfin retrouvés après tant d’épreuves. Il plana autour d’eux un bref moment puis repartit.

 

Cet oiseau fut désormais leur symbole qui les accompagna partout. Longtemps, ils ne racontèrent pas pourquoi ils l’avaient choisi et dans quel moment important de leur vie, il était apparu mais on pensa que cela découlait de leur nom, zoonyme s’il en est.

 

Monsieur et madame Loiseau, finalement un jour, racontèrent leur histoire car au cours des années suivantes deux enfants naissaient.


D'après les consigne de 13 à la douzaine n°  3

 

 

Posté par Christine_ à 00:00 - Benedicte - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 novembre 2006

Le sergent camembert (Benedicte)

Nous publions ici le texte de Benedicte qu'elle a écrit sur la consigne des mots obligatoires, 13 à la douzaine. Bien que de nouveaux jeux soient mis en ligne depuis,  il est bien évidemment possible de revenir sur une consigne qui vous séduit et de nous faire parvenir vos textes qui seront mis en ligne.

Merci à Benedicte de sa participation. Vos commentaires sont bien évidemment les bienvenus ;-)

Nous vous rappelons notre jeu en cours sur l'argumentation

Christine et DINOLEGREC


"C’est une drôle de femme, dans le quartier tout le monde la connaît. Le sergent camembert, c’est le surnom que les enfants lui ont donné mais bien sûr, plus personne ne se souvient de son véritable nom. Un personnage dans cet immeuble, le 16 de la rue Athanasie.

Décrite comme une bacchante, c’est à dire qu’elle est bien bruyante, souvent grossière et que le vin est sa boisson préférée. Le rouge bien sûr, aussi rouge que son nez et ses joues. Parfois pris d’un transe spirituelle, on l’entend clamer dans les rues du quartier, prophéties et bonnes paroles.

Mais malheur au passant qui ne fait que traverser le quartier. A chaque fois, c’est un peu la fête, les enfants cessent de jouer et regardent la scène en ricanant, beaucoup s’installent à leur fenêtre pour être du spectacle, même les livreurs de piano n’en perdent pas une miette. Quant aux mauvais garçons, chut ne parlons pas si fort !, ils font des paris quant au temps que mettra le passant à s’enfuir. Celui-ci noyé dans une kyrielles de paroles aléatoires et vindicatives, rougit, se fâche, s’emporte, le tout, les yeux écarquillés et le nez incommodé. Et oui voilà bien pourquoi les enfants la surnomme ainsi. Le sergent camembert n’a que faire des parfums, le sien lui suffit amplement. Il arrive souvent que devant ce spectacle cent fois rejoué, ou même mille fois, que les enfants se tordent de rire lorsque le passant ne sachant comment se dépêtrer d’une telle situation, gesticule à la manière des marionnettes, alors que la femme le retient par la manche, ravie de trouver un auditoire débattant si passionnément. Qu’il se débatte en vérité, ce n’est pas le problème du sergent camembert ! Enfin lorsque le passant réussit à passer son chemin, chacun retourne à ses occupations, les enfants rejouent la scène et les parieurs commentent leurs résultats.

Lorsqu’elle revient du marché de son pas chaloupé, un bada de travers sur la tête et ses gros godillots aux pieds, son grand cabas n’est pas lourdement rempli. Pourtant parfois, on la voit descendre la grande rue et offrir un peu de soupe ou de ragoût à qui en a besoin.

D’autre fois, on la voit se tenir droite et muette devant la grande porte de l’immeuble. Telle une caryatide, elle semble être pilier. Dans ces moments, inutile de lui dire bonjour, elle semble ne pas entendre, loin partie dans ses pensées et rêveries.

Ensuite, elle descend la grande rue, s’arrête au bistrot et tout en buvant de ce vin rouge qu’elle affectionne, elle déverse ses souvenirs d’une autre vie, échappée du goulag, odalisque, assistante d’un scientifique, qui travaillait sur la parthénogénèse. Satrape du bistrot, elle aime bien voir les yeux étonnés des autres, et pour les faire rire elle raconte souvent ses aventures avec la médecine qui voulait l’envoyer passer un examen dans un service d’endoscopie. Elle jauge son public, si celui-ci avait ri quand il fallait rire, ou s’était étonné parce qu’il le fallait, alors elle remonte comme elle peut la grande rue, le cœur satisfait."

Benedicte

Posté par Christine_ à 08:50 - Benedicte - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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