Autour des mots

Joue, jouons, jouez

22 novembre 2007

L' allumeuse de vrais berbères (azerty)

femmeplageAllongé sur la plage d'Essaouira, échoué là comme un Houellebecq désenchanté à la libido mortifère, je sirotais mon lait-fraise, pensant avec émotion à tous les collègues restés à Paris-plage sur macadam, lorsque, soudain, je vis passer non loin une fille indigène à la peau de satin.
Si son amant s'appelle Ali, me dis-je in petto, alors ce ne peut être qu' Ali Bido. Plutôt satisfait de cette très private joke pour homme fatigué, je poursuivis mon rêve éveillé sur le mode sensuel des Mille et Une Nuits, parmi les voiles vaporeux, les parfums ennivrants et la danse d'un ventre délicieusement replet dont un saphir ombilical rehaussait l'insolente lascivité. Ce tableau d' odalisque alanguie se mua en promesse de plaisir pour mon esprit de quadragénaire avachi. Magie paradoxale des corps vêtus: l'écran de l'ample gandoura donnait bien plus à voir que les danseuses de "pole dance" du Club Med où je séjournais. Ces dernières, agitées du déhanchement spasmodique propre à leur art, se lovaient contre leur barre en une étreinte dont la charnelle crudité laissait peu de place au rêve. J'appris plus tard que la belle se nommait Yasmina , qu'elle vendait des loukoums à la Medina. Plusieurs fois je m'y rendis, mais elle n'était djamais là. En guise de satin, ne me resta que l'hommage de Léo aux Moody Blues, ce slow moite et incandescent que j' écoutais en boucle sur mon mp3. En fermant les yeux, c'était vraiment extra.

Azerty

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22 février 2007

Leffe toi et marche (azerty)

biere"Grande Leffe ou petite Leffe?", questionna le garçon.

"Petite Leffe", répondit Lucien qui éprouvait une dilection marquée pour les nymphes.

Alors que Claire, une sucette suggestive à la bouche, passait devant la terrasse du Balto, Lucien se sentit soudain comme submergé par une vague libidineuse. Les sens exacerbés, il fixait avidement le ventre sensuel orné d'un piercing, ainsi que la naissance du creux de l'aine qui descendait en pente douce vers un triangle autrement plus prometteur que celui des Bermudes.

Il avait passé l'âge des soli de clarinette baveuse, mais il ne put réprimer un geste compulsif de sa main droite caressant la peau de son sexe à travers un jean prêt à craquer. Grand amateur de Tennessee Williams, il eut tant aimé jouer " Une chatte sur un doigt brûlant", embrasser goulûment ses lèvres, même seulement lui baiser les pieds à la manière de Marie-Madeleine.

Pendant ce temps, un péruvien de Nanterre déguisé en Manu Tchao lui soufflait ironiquement "El condor pasa" dans les oreilles, à travers une flûte de Pan qu'il lui aurait volontiers fait bouffer.


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Posté par Christine_ à 15:20 - Azerty - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 février 2007

Le blues du commercial (azerty)

businessHarassé par le voyage, perdu dans un long soliloque au milieu des passagers pressés qui sortaient du train, je devais renvoyer une image assez pitoyable de moi-même. Mais nul ne semblait me prêter attention, à cette heure matinale, dans cette grande gare humide et froide où tous se hâtaient vers le travail. Comme soudain frappé d'aboulie, je vitupérais à voix haute le patron qui avait eu le mauvais goût de m'envoyer à l'autre bout de la France, afin d'y démarcher un client à la réputation difficile. C'est vrai que la conjoncture était à son nadir et qu'il convenait de ne rien laisser au hasard, mais je pensais qu'à l'époque de la cybernétique certaines affaires pouvaient aussi bien se conclure à distance.

Alors que je sortais, fort maussade, de cette gare inhospitalière, j'entrepris, n'étant pas coutumier des lieux, de demander mon chemin à une jeune hôtesse de la SNCF vêtue d'un coupe-vent rouge sang, tâche dont elle s'acquitta fort bien dans un sourire de Joconde qui trahissait une charmante timidité. Cela valait mieux, me dis-je, que d'affronter le baragouin local auquel je n'entravais que couic. Tandis que le souvenir de cette aimable personne me réchauffait le coeur, je me dis in petto que "l'on a beau dire mais le corps y fait", tout en pensant , sous l'effet de l'homophonie, au choryphée des Grecs anciens.

Lorsque j'arrivais chez le client tant redouté, il m'apparut assez vite qu'une ambiance délétère régnait dans cette entreprise. Les temps étaient durs et les rumeurs de délocalisation perfidement entretenues par la direction maintenaient le personnel dans un état de tension extrême. Avec un patron de cet acabit, il y avait fort à parier qu'aucun syndicat n'avait droit de cité. Mais il n'était plus temps de faire de la métaphysique: le casse-croûte passait avant l'eschatologie et tant pis pour la couche d'ozone et la survie de la biosphère! Après tout, ce n'était pas Nicolas Hulot, a fortiori Spinoza, qui paieraient les traites de mon F5 ! Monsieur Abonnessian, ainsi que se nommait cet homme inflexible issu de la diaspora arménienne, daigna me recevoir quelques minutes, maniant la polylogie autant que Napoléon l'ubiquité. Ses bras de Shiva se jouaient des téléphones, fixes ou portables, tout en continuant à me parler par bribes de l'intérêt que j'aurais à casser mes prix. Mais ce qu'il ne savait pas, Monsieur Abonnessian, c'est que si je cassais mes prix je pouvais dire adieu à ma prime et à l'écran plasma que j'avais promis à Thérèse. Oui, décidemment, les temps étaient durs. Sur le chemin du retour, je ne sais pourquoi, je revis en mémoire le doux visage de l'hôtesse de la SNCF. Un retour à l'humanité dans un monde de brutes. Un arménien chassant l'autre, je fredonnai alors un peu d'Aznavourian.

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Posté par Christine_ à 17:54 - Azerty - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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