labyrinthe- Supposons que vous deviez tester un labyrinthe. Par quel bout aimeriez-vous commencer : celui qui est à l'entrée ou celui qui est à la sortie ?

Telle était la question à laquelle je devais répondre, alors que je n'étais même pas présente et que mon examinateur ressemblait plus à une chimère qu'à un sphinx.

Ça se passait sur la planète verte, celle qu'on aperçoit quand on boit trop d'absinthe, et je n'étais même pas au courant des dégâts collatéraux. Je connaissais mal les vertus des simples. J'étais dans un tel état qu'un ultimatum du Pape ne m'aurait même pas réveillée. Alors vous pensez, la question d'un examinateur fantôme…

Ne vous y trompez pas, je savais bel et bien ce qu'est un labyrinthe (une sorte de couloir sans fin dans lequel on se promène pour faire croire qu'on rêve). En réalité vous savez comment vous échapper mais vous n'essayez pas car vous aimez vous promener dans la légende, faire croire que vous êtes dans les béatitudes, dans la plus grande des étreintes avec votre ciel de gloire. On vous donnerait l'absolution que vous n'en voudriez même pas. Et encore, pour faire l'économie d'un pléonasme je ne vous répéterai qu'à plume basse ce que mon attachée de conscience me soufflait : Tais-toi et chante… Tais-toi, méchante…

Je déchantais, en fait, car la voix du labyrinthe insistait. Elle voulait absolument savoir quelle décision j'allais prendre.

J'étais une sybarite, et, ça, je le savais très bien. Mon principal défaut était le misonéisme, ce qui fait que j'avais du mal à comprendre ce qui m'arrivait. C'est pourquoi je rechignais à me lancer dans une explication. Et pourtant il le fallait bien. On se serait crû au temps des proculiens, ces romains du premier siècle de notre ère qui se posaient des questions plutôt bizarres : Est-il légitime de lancer un ultimatum quand on n'est pas en guerre ? Une réponse est-elle toujours la preuve qu'on vous a posé une question ? Comment terminer un conte quand on ne l'a pas commencé ?

Quelqu'un frappait à ma porte mais je ne voulais pas l'entendre car j'étais trop présente dans mon rêve. Puis je réalisai qu'il était l'heure de la sieste. Alors je me réveillai pour pouvoir profiter de ce moment de détente.

Le Garde-Mots


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